La soie en lingerie : comment la reconnaître et l'entretenir
Un fil produit par une larve qui mange des feuilles de mûrier, et cinq mille ans de commerce autour. Voici comment reconnaître la vraie soie, ce que mesure le momme, et les gestes qui la font durer.
Par Pauline
Fondatrice d'Estella Lingerie · 2 octobre 2026 · 61 min

L'essentiel en deux minutes
Vous tenez une pièce et vous voulez savoir si c'est de la soie, puis comment ne pas l'abîmer. La réponse d'abord.
Pour reconnaître. Posez la paume à plat trente secondes : une soie est fraîche puis tiédit jusqu'à la température de la main, une imitation reste froide. Serrez une poignée de tissu cinq secondes puis ouvrez : la soie garde des plis fins qui s'effacent lentement, le polyester oublie instantanément. Si le doute persiste, prélevez un fil de deux centimètres dans un ourlet intérieur et brûlez-le au-dessus d'un évier. La soie sent le cheveu brûlé et laisse une cendre noire qui s'écrase en poudre ; un synthétique fond en bille dure. Le reste — l'anneau, le brillant, la douceur — ne prouve rien.
Pour entretenir. Eau froide, lessive spéciale soie sans enzymes, pas d'assouplissant, aucun essorage en machine, séchage à plat à l'ombre, repassage sur l'envers à peine humide, rangement plié dans du coton. Et la règle qui sauve plus de pièces que toutes les autres réunies : déodorant et parfum avant, séchés complètement, jamais vaporisés sur le tissu.
Pour acheter. Lisez la composition, pas le nom du modèle. Cherchez le momme quand il est publié. Et sachez qu'un momme élevé n'est pas une qualité, c'est un poids, donc un usage.
Si vous cherchiez plutôt à choisir entre une nuisette de soie et une nuisette de satin synthétique, cet arbitrage-là est traité à part dans notre comparatif soie ou satin pour vos nuits. Ici, je parle de la soie elle-même.
D'où vient le fil
Un animal, une feuille, un cocon
La soie est le seul textile d'usage courant fabriqué par un animal sous forme de fil continu. La laine est une toison qu'on tond et qu'on file, le coton une fibre végétale courte qu'on peigne et qu'on tord. La soie sort déjà filée.
L'animal est une chenille, celle du bombyx du mûrier. Elle mange des feuilles pendant quelques semaines, grossit, puis cesse de manger, cherche un support, et sécrète par la bouche deux filets de protéine liquide qu'elle colle ensemble et enroule autour d'elle en un huit répété pendant des jours. Le résultat est un cocon ovoïde, de la taille d'une olive, fait d'un seul fil replié sur lui-même sur une longueur que les ordres de grandeur couramment retenus situent entre plusieurs centaines de mètres et plus d'un kilomètre selon la race et la conduite de l'élevage.
Arrêtons-nous une seconde sur l'étrangeté de la chose. Les routes commerciales, les guerres de contrebande, les secrets d'État chinois sur l'élevage, les manufactures lyonnaises, les draps impériaux et votre nuisette : tout repose sur la salive durcie d'une larve qui mange des feuilles. C'est absurde, et c'est vrai.
Cette origine protéique explique presque tout ce qui suit — la fragilité aux alcalins, la sensibilité aux enzymes des lessives, la réaction à la sueur, le jaunissement au soleil, l'odeur de cheveu brûlé au test de la flamme. Une soie, chimiquement, est plus proche de vos cheveux que d'un drap de coton. Tenez cette phrase, et la moitié des règles d'entretien se déduisent toutes seules.
De la bave au brin : ce qu'il y a vraiment dans un fil de soie
Le fil sécrété par la chenille s'appelle une bave. Elle est double : deux filaments de protéine, les brins, sortis de deux glandes distinctes, collés l'un à l'autre par une seconde protéine qui durcit à l'air.
- Les deux brins sont faits de fibroïne, la protéine de structure, qui porte les qualités mécaniques. Chaque brin a une section à peu près triangulaire, aux angles arrondis, et non cylindrique comme un filament synthétique extrudé. Cette section prismatique est la cause physique du lustre : la lumière frappe des facettes et ressort en profondeur plutôt qu'en reflet plat.
- La colle qui réunit les brins s'appelle la séricine. Protéine gommeuse, soluble dans l'eau chaude savonneuse, elle représente une part notable du poids du cocon — l'ordre de grandeur habituellement retenu est d'environ un quart.
Une soie brute encore couverte de sa séricine s'appelle une soie grège. Elle est rêche, mate, cartonneuse. Rien à voir avec ce qu'on imagine. La douceur de la soie n'est pas une propriété de départ : c'est le résultat d'une opération industrielle.
Le dévidage, et pourquoi il décide de tout
Pour obtenir un fil continu, il faut dérouler le cocon sans le casser. On le plonge dans l'eau chaude pour ramollir la séricine, on cherche l'extrémité du fil avec une brosse, et on dévide — en réunissant d'emblée plusieurs cocons, parce qu'une seule bave est beaucoup trop fine pour être tissée. C'est le filage de la soie grège.
De là, deux choses qui comptent pour une acheteuse.
La finesse d'un fil de soie se mesure en deniers. Le denier exprime le poids en grammes de neuf mille mètres de fil, et les gammes du type 20/22 deniers reviennent constamment dans le commerce. La logique suffit : plus le nombre est bas, plus le fil est fin, et plus il faut de fils pour faire un tissu d'un poids donné. Un même grammage s'obtient donc avec peu de gros fils ou beaucoup de fils fins, et les deux tissus ne se comportent pas pareil.
Le dévidage suppose que le papillon ne sorte pas. Un papillon qui éclôt perce le cocon et coupe le filament, qui devient impossible à dévider d'un seul tenant. L'élevage classique sacrifie donc la chrysalide avant l'éclosion. C'est un fait, il n'est pas agréable, et je ne vois pas de raison de l'escamoter dans un article qui prétend expliquer une matière. Les soies dites de paix, ou ahimsa, laissent sortir le papillon : le fil est alors cassé, il faut le filer comme une fibre courte, et l'on obtient une soie mate et duveteuse.
Le décreusage : la soie n'est soyeuse qu'après
Le décreusage — ou dégommage — est le bain qui retire la séricine. Eau chaude, milieu légèrement savonneux ou alcalin, parfois après le tissage plutôt qu'avant. Ce qui sort du bain n'a plus rien de la soie grège : le tissu a perdu une part de son poids, il a gagné son lustre, son glissé, et ce bruit que les soyeux appellent le cri de la soie.
- Le décreusage est un bain alcalin et chaud. Il prouve que la soie supporte l'alcalin et la chaleur — une fois, en atelier, avec un rinçage derrière. Chez vous, dans une machine, avec une lessive alcaline à enzymes et soixante lavages par an, c'est le même mécanisme qui se poursuit lentement et finit par manger le tissu. L'un est un procédé, l'autre une dégradation.
- Un décreusage partiel laisse de la séricine, et c'est parfois voulu : plus de corps, plus de bruit, moins de glissé. Parti pris de fabricant, pas défaut. Cela explique aussi pourquoi deux soies du même grammage peuvent avoir une main très différente — et j'avoue ne pas toujours savoir dire, en touchant, si j'ai affaire à un reste de gomme, à une torsion plus forte ou à un apprêt.
- Historiquement, la perte de poids au décreusage a été compensée en trichant. On a chargé les soies de sels métalliques — l'étain surtout — pour leur rendre du poids, parce que la soie se vendait au poids. Les pièces ainsi traitées se sont désagrégées : c'est la soie éclatée des conservateurs de musée. La pratique a disparu des productions courantes, et elle survit comme avertissement quand on achète du vintage antérieur à la guerre.
Filament, schappe, bourrette : trois soies pour un même ver
Tous les cocons ne sont pas dévidables, et aucune filature ne jette la matière. Il existe donc trois qualités de fil, et les trois portent légitimement le nom de soie.
- La soie de filament, ou soie dévidée, obtenue en déroulant les cocons. Fil long, régulier, lisse, lustré. C'est la soie des satins, des crêpes, des mousselines — celle de la lingerie.
- La schappe, obtenue en filant les déchets de dévidage comme on filerait du coton. Fibres longues mais discontinues, fil un peu plus mat, surface légèrement duveteuse. On la trouve en jersey, en maille, en tissus mats.
- La bourrette, filée à partir des déchets les plus courts, bourre de cocon comprise. Fil irrégulier, parsemé de nœuds, mat, nerveux, chaleureux. Belle matière de vêtement d'extérieur, mauvaise matière de nuisette.
Conséquence commerciale directe : une étiquette « 100 % soie » peut légalement désigner les trois. Rien dans la mention réglementaire ne vous dit si vous achetez un filament ou une bourrette. Le seul indice est tactile — un tissu mat, irrégulier, à petits nœuds, n'est pas un filament, quoi qu'en dise le nom du modèle.
Ce que cette fabrication explique de votre pièce de lingerie
| Ce que vous constatez | L'explication est dans la fabrication |
|---|---|
| La soie a un lustre qui change avec l'angle | Section triangulaire du brin de fibroïne, qui décompose la lumière au lieu de la réfléchir à plat |
| La soie est sèche et crissante, pas onctueuse | Résidu de séricine entre les fils et friction des faces planes du filament les unes sur les autres |
| Une lessive ordinaire ternit la soie en quelques mois | Fibroïne et séricine sont des protéines ; les alcalins et les protéases sont faits pour digérer les protéines |
| La sueur fait des auréoles jaunes irréversibles | La sueur est acide et chargée en composés azotés, elle attaque la protéine localement |
| Une soie claire jaunit près d'une fenêtre | Les ultraviolets dégradent les liaisons de la fibroïne |
| Une soie coûte à produire ce qu'elle coûte | Élevage, nourrissage, dévidage cocon par cocon, décreusage, tissage lent sur un fil fin et fragile |
| Deux soies de même poids n'ont pas la même main | Titre du fil, torsion, densité, degré de décreusage, finition : le poids ne dit rien de tout cela |
Les quatre soies du commerce
On parle de « la soie » comme on parlerait de « le bois ». Quatre espèces alimentent le marché mondial, et une seule domine très largement.
La soie de mûrier
C'est la soie du bombyx du mûrier, un papillon domestiqué depuis des millénaires, qui ne vole plus et ne survit pas hors élevage. Elle représente l'écrasante majorité de la production mondiale et constitue, sauf mention contraire, la soie de toute pièce de lingerie que vous croiserez.
Ses caractéristiques viennent de la domestication : filament long et très régulier, section fine, blancheur ou blanc crème naturel, donc teinture possible dans toutes les nuances, pastels et blancs francs compris. C'est la seule soie qui donne un satin parfaitement lisse. Quand une fiche annonce « soie de mûrier », elle ne vous flatte pas : elle exclut les trois autres.
Le tussah, ou soie sauvage
Le tussah vient de papillons du genre Antheraea qui vivent sur des chênes et d'autres feuillus, en Inde et en Chine, dans des élevages semi-sauvages ou par récolte de cocons en forêt. Les chenilles mangent des feuilles riches en tanins, ce qui donne au fil sa couleur naturelle beige, miel ou brun clair.
Son filament est plus plat, plus large, moins régulier que celui du mûrier. Le tissu qui en sort a du grain, un lustre discret, une main sèche, presque papier. Il se teint mal dans les tons clairs, parce qu'il faut d'abord combattre sa couleur de fond.
Je n'en ai jamais mis dans une pièce portée à même la peau, et je n'en mettrai pas : ça ne glisse pas, ça ne tombe pas, ça gratte légèrement. En kimono d'intérieur ou en déshabillé structuré, c'est une autre affaire — là, le grain devient un atout.
L'éri, la soie de paix
L'éri vient d'un papillon élevé sur le ricin, principalement en Assam et dans le nord-est de l'Inde. Son cocon est ouvert à une extrémité : le papillon sort sans détruire le fil utilisable, ce qui fait de l'éri la seule soie dont le caractère non létal n'est pas un argument marketing mais une propriété du cocon.
Comme le filament n'est pas dévidable d'un seul tenant, l'éri est filée comme une fibre courte. Le résultat ne ressemble pas à ce qu'on attend d'une soie : mat, chaud, cotonneux, drapé lourd et sans brillant. C'est une matière de châle, de maille. En lingerie, elle n'intervient que dans des pièces délibérément mates, et qui commande « de la soie » en espérant un satin sera déçue.
Le muga
Le muga est la soie la plus rare des quatre, produite en Assam par un papillon sauvage élevé sur des arbres locaux. Sa couleur naturelle est un or sombre, impossible à obtenir par teinture, et sa particularité la plus citée est de gagner en lustre à chaque lavage au lieu d'en perdre. Elle ne se blanchit pas et se teint très difficilement : on la travaille dans sa couleur.
Vous ne la rencontrerez pas en lingerie courante. Je la mentionne parce qu'elle apparaît parfois dans des pièces d'artisanat vendues comme lingerie de luxe, et parce que savoir qu'elle existe évite de confondre sa couleur naturelle avec une teinture ratée.
Le tableau comparatif
| Type | Papillon et nourriture | Nature du fil | Aspect et toucher | Teinture | Place en lingerie |
|---|---|---|---|---|---|
| Soie de mûrier | Bombyx domestiqué, feuilles de mûrier | Filament continu, très régulier, fin | Lisse, lustre profond, main sèche et vivante, glissé franc | Toutes nuances, pastels et blancs compris | Quasi totalité des pièces : satin, crêpe, mousseline, habotai |
| Tussah | Antheraea semi-sauvage, chênes et feuillus | Filament continu mais plat et irrégulier | Grainé, lustre discret, main sèche, léger grattant | Difficile en clair, couleur de fond beige à brune | Rare et peu adaptée : vestes d'intérieur, déshabillés structurés |
| Éri | Papillon élevé sur ricin, cocon ouvert | Fibre courte filée, pas de filament | Mat, duveteux, chaud, drapé lourd sans brillant | Bonne, mais sur un fond écru à beige | Marginale : pièces mates et couvrantes, maille |
| Muga | Papillon sauvage d'Assam | Filament, production très limitée | Or sombre naturel, lustre qui se renforce au lavage | Presque impossible, se travaille dans sa couleur | Anecdotique, artisanat et pièces d'exception |
Les noms que vous lirez autour de ces quatre soies
- Soie de mûrier 6A. La classification du fil grège en grades — 6A, 5A, A et au-dessous — est une convention commerciale du négoce, construite sur la régularité et la propreté du fil. Réelle, utilisée, et pourtant pas un label public contrôlé par un organisme indépendant : une allégation de vendeur sur sa matière première, pas un certificat.
- Soie de paix, ahimsa silk. Authentique pour l'éri, revendiquée parfois pour des soies de mûrier dont on laisse éclore les papillons. Le fil est alors forcément filé, donc le tissu forcément mat. Une soie annoncée comme non létale et pourtant parfaitement lisse et brillante mérite une question au vendeur.
- Soie bio. La notion existe par le biais de référentiels qui couvrent les fibres naturelles en agriculture biologique, le plus connu étant GOTS, et qui portent sur la conduite de l'élevage, les feuilles et la chaîne de transformation. À distinguer d'Oeko-Tex Standard 100, qui atteste l'absence de substances nocives dans le textile fini et ne dit rien de l'origine de la fibre. Deux questions différentes, pas deux concurrents.
- Les fausses soies. Soie de lait, de bambou, de rose, de soja, soie végétale, soie artificielle : aucune ne contient de soie. Ce sont des fibres régénérées, très souvent de la viscose. Le mot « soie » y est un adjectif publicitaire, et la composition réglementaire les nommera par leur nom réel.
Le momme, et ce qu'il mesure vraiment
La définition, puis la mise en garde
Le momme est l'unité de masse surfacique propre aux soies. Un momme correspond au poids, en livres, d'une pièce de soie de quarante-cinq pouces de large et cent yards de long. Définition héritée du commerce japonais, dont on retient surtout l'équivalent métrique approximatif : un momme pèse environ 4,3 grammes par mètre carré.
Le momme est donc un grammage déguisé. Une soie de 19 momme pèse environ 82 grammes par mètre carré, point final. Ni une note, ni un indice de finesse du fil, ni une mesure de densité de tissage. Un poids.
Cette clarification n'est pas pédante, parce que l'usage commercial pousse exactement dans l'autre sens. Un vendeur qui écrit « 22 momme » laisse volontiers entendre que c'est mieux que 19, comme si l'on montait en gamme. Il annonce en réalité que son tissu est plus lourd, donc plus opaque, plus tenu, plus chaud, plus long à sécher, et moins fluide. Selon la pièce, c'est un progrès ou une erreur.
Ce que le momme ne dit pas
Le titre du fil. Un grammage donné peut être atteint avec des fils gros et peu nombreux ou avec des fils fins et serrés. Le second tissu sera plus souple, plus lisse, plus solide à la déchirure, et il coûtera davantage à tisser. Les deux afficheront le même momme.
La densité de fils. Une soie peu dense tissée dans un fil épais paraît correcte sur la balance et se déforme aux coutures, parce qu'il n'y a pas assez de points de croisement pour retenir la traction. C'est l'un des deux ou trois motifs de déception les plus fréquents sur une pièce bon marché au grammage flatteur.
L'armure. Un satin, un crêpe et une mousseline de même poids sont trois tissus différents. Le momme ne fait aucune distinction.
La finition. Degré de décreusage, lavage mécanique, calandrage, apprêt éventuel : tout cela change la main sans changer le poids.
Retenez ceci : le momme répond à la question « quel usage », pas à la question « quelle qualité ». Une fiche qui le publie est une bonne fiche, parce qu'elle vous donne une donnée vérifiable. Elle ne vous dispense pas de regarder l'armure, la finition et les coutures.
Le tableau des grammages
| Momme | Environ, en g/m² | Opacité | Usage en lingerie | Précaution que ce grammage impose |
|---|---|---|---|---|
| 12 | 52 | Transparent, même en couleur foncée | Voiles, panneaux de déshabillé, superpositions, doublures très légères, empiècements, manches | Ne supporte pas une traction concentrée : jamais de bretelle fine, de crochet ni d'élastique cousu à même le tissu sans surépaisseur |
| 16 | 69 | Translucide, opaque en nuance profonde | Nuisettes très fluides, caracos d'été, kimonos légers, fonds de robe | Le plancher raisonnable pour une pièce portée chaque semaine ; se froisse vite et marque le pli du rangement |
| 19 | 82 | Opaque sur la plupart des couleurs | Nuisettes, caracos, chemises de nuit, culottes et shortys de soie, taies d'oreiller | Le grammage le plus courant et le meilleur compromis ; attention au rinçage, un résidu de lessive se voit tout de suite sur ce poids |
| 22 | 95 | Opaque | Nuisettes structurées, pyjamas, bodies doublés, bas de pyjama, pièces à coutures travaillées | Séchage long à plat : prévoyez une demi-journée et retournez la pièce à mi-parcours |
| 25 | 108 | Totalement opaque | Robes de chambre, vestes d'intérieur, déshabillés longs, pièces portées par-dessus | Lourd pour une bretelle fine, chaud à même la peau, et quasiment impossible à faire sécher correctement suspendu |
La couleur décide de l'opacité autant que le poids. Un 16 momme ivoire laisse passer la lumière, le même 16 momme en encre est visuellement opaque. Si vous cherchez une pièce claire qui ne soit pas transparente, montez d'un grammage plutôt que de renoncer à la couleur.
Le grammage décide de la solidité des coutures. La panne la plus fréquente des soies très légères n'est pas le fil de couture qui casse, c'est le tissu qui cède autour du point. Une bretelle spaghetti piquée à même un 12 momme sans surépaisseur se déchire à la traction répétée — et la qualité de la soie n'a rien à voir là-dedans. En lingerie, où tout est bretelle, agrafe, élastique et crochet, la question est plus importante qu'en literie.
Le momme est publié en literie et en vêtement de nuit, presque jamais en lingerie. Il faut le dire : vous trouverez le momme sur une taie d'oreiller ou un pyjama bien plus souvent que sur un soutien-gorge ou un caraco. Quand l'information manque, l'ordre de grandeur se devine à la main. Un tissu qu'on voit à travers en l'approchant d'une fenêtre est dans les bas grammages ; un tissu qui garde un pli debout quand on le pose sur la tranche est dans les hauts.
Les armures de soie employées en lingerie
Une armure, c'est la façon dont les fils de chaîne et les fils de trame se croisent. Même fibre, même grammage, deux armures : deux tissus qui n'ont rien en commun. C'est l'information la plus utile et la moins publiée de toute la lingerie de soie.
Le satin
Dans une armure satin, les points de croisement sont rares et dispersés, de sorte que de longs segments de fil — des flottés — passent librement par-dessus plusieurs fils avant d'être retenus. Ces flottés parallèles forment une surface continue qui renvoie la lumière dans une seule direction. D'où le brillant.
Le satin est donc brillant sur une face, mat sur l'autre, et fragile par construction : un flotté qui court librement sur quatre ou cinq fils est un fil qui ne tient pas. Ce défaut n'est pas celui de la soie, il est celui de l'armure, et un satin de polyester l'a tout autant.
La variante qu'on rencontre le plus en lingerie s'appelle la charmeuse : un satin léger dont la trame est fortement tordue, ce qui donne un tissu fluide, un peu élastique dans le biais, brillant endroit et mat envers. C'est l'étoffe des combinaisons des années trente.
Le crêpe de Chine
Armure toile, un fil dessus un fil dessous, mais tissée avec des fils de trame très fortement tordus, alternés dans les deux sens de torsion. Au lavage, ces torsions se cherchent et se contrarient : la surface se contracte en un grain fin et régulier.
Le résultat est un tissu mat, souple, dense, au tombé lourd, qui ne brille pas et ne marque presque pas les plis.
C'est l'étoffe que je recommande le plus souvent et celle qu'on me demande le moins. Un caraco de crêpe de Chine marine sous une veste noire ne renvoie rien, aucune couture n'apparaît à travers, et il encaisse une journée assise sans garder la marque du dossier de chaise. Le même caraco en charmeuse dessine deux traits de lumière sur les omoplates dès qu'on bouge.
La georgette
Même principe que le crêpe de Chine, mais la torsion forte est appliquée à la chaîne et à la trame, et le tissage est plus ouvert. On obtient un voile grainé, sec, transparent, nerveux, qui ne colle pas à la peau.
En lingerie, la georgette sert les panneaux de déshabillé, les manches, les dos transparents, les volants. Elle a un avantage qu'aucun satin n'a : elle ne garde pas le pli, et elle supporte le lavage avec une indifférence surprenante pour un tissu si léger.
L'habotai
Armure toile simple, fil peu tordu, tissage serré, grammage bas. La soie de doublure classique, souvent appelée soie de Chine. Lisse, légèrement lustrée sur les deux faces, sans aucun corps.
C'est l'armure la plus mal aimée, parce qu'elle a l'air de rien. Pourtant c'est elle qu'on veut en doublure d'un body, en fond de culotte, en doublure de bonnet, partout où il faut une épaisseur de soie qui ne pèse pas et ne se voie pas.
La mousseline
Voile très léger, armure toile lâche, fils tordus, extrêmement transparent. Plus léger et plus fragile que la georgette, moins grainé, plus flottant. Matière de déshabillé long, de voile sur une épaule, de manche d'ange.
Son défaut est franc : la mousseline de soie s'effile, s'accroche, se déchire. Elle demande des coutures roulées, des finitions à la main, et une acheteuse qui accepte de la traiter comme un objet et non comme un vêtement.
Les autres armures que vous croiserez
- Le sergé de soie, où les points de croisement dessinent des diagonales. C'est l'armure du carré de soie classique — le carré Hermès en est l'exemple le plus connu — et un bon rappel que « soie » ne décrit pas un toucher mais une origine.
- Le crêpe satin, satin sur une face et crêpe sur l'autre. Deux tissus en un, dont les créateurs jouent en alternant les faces.
- Le pongé, toile un peu plus nourrie que l'habotai, employée en doublure et en chemisier.
- L'organza de soie, voile raide et transparent, qui tient debout. Usage ornemental seulement.
- Le jersey de soie, qui n'est pas une armure mais une maille : il s'étire sans élasthanne, se froisse peu, file si on l'accroche, et donne des pièces très confortables au tombé mou.
- La dentelle de soie, rare, sur métiers Leavers, utilisée en haute lingerie. Magnifique, et plus fragile encore que le tissu de soie.
Le tableau des armures
| Armure | Aspect et toucher | Tombé | Transparence | Tenue dans le temps | Pièces servies en lingerie |
|---|---|---|---|---|---|
| Satin, charmeuse | Brillant endroit, mat envers, glissé franc, sec sous les doigts | Fluide, lourd pour le poids, suit le corps, se creuse | Faible à moyenne selon le grammage | Moyenne : les flottés s'accrochent et se tirent | Nuisettes, caracos, fonds de robe, culottes, déshabillés |
| Crêpe de Chine | Mat, grain fin et régulier, main sèche et dense | Lourd et souple, tombe droit sans briller | Faible, bonne opacité à poids égal | Bonne : pas de flotté exposé, le grain masque l'usure | Caracos de jour, chemises de nuit, hauts de pyjama, culottes |
| Georgette | Grainé, sec, nerveux, légèrement rugueux | Flottant, se déploie au mouvement | Élevée | Bonne pour un voile, mais s'effile au bord | Panneaux de déshabillé, manches, dos transparents, volants |
| Habotai | Lisse sur les deux faces, lustre discret, sans corps | Mou, colle à ce qu'il double | Moyenne à élevée, grammage bas | Moyenne : fin, s'use aux frottements | Doublures de body et de bonnet, fonds de culotte, dessous de dentelle |
| Mousseline | Voile flottant, très léger, légèrement grainé | Aérien, ne suit pas le corps | Très élevée | Faible : s'accroche et se déchire | Déshabillés longs, voiles, manches, superpositions |
| Sergé | Diagonales fines, mat satiné, main ferme | Tenu, peu fluide | Faible | Très bonne | Rubans, liens, parements, pièces d'ornement |
| Jersey de soie | Maille souple, mate à satinée, extensible sans élasthanne | Mou, épouse sans contrainte | Moyenne | Moyenne : file si on l'accroche | Bodies, caracos près du corps, bas de pyjama |
Pourquoi l'armure décide du biais
On taille une pièce dans le biais — à quarante-cinq degrés du droit-fil — pour que le tissu s'étire légèrement et épouse le corps sans aucune couture de cintrage. C'est la coupe des combinaisons des années trente, et la raison pour laquelle une nuisette de soie bien taillée tombe comme rien d'autre.
Mais le biais ne fonctionne qu'avec un tissu à la fois fluide et lourd. Dans une charmeuse, le poids fait descendre le vêtement et l'élasticité du biais fait le reste. Dans une mousseline, le même patron donne une pièce qui flotte et qui vrille. Dans un crêpe, une pièce superbe qui s'allonge avec le temps. Regardez donc toujours la direction de coupe et l'armure ensemble. Une pièce dont l'ourlet descend en diagonale sur le corps après quelques ports a été coupée hors droit-fil, et cela ne se corrigera pas.
Et j'avoue une ignorance, puisque j'y bute à chaque sélection : je ne sais pas expliquer pourquoi deux charmeuses du même grammage, annoncées du même tissage, ne tombent pas pareil une fois coupées dans le biais. Je le constate chaque fois que je compare deux fournisseurs. Personne ne m'a encore donné de réponse qui tienne.
Sur les pièces qui mêlent la soie à la dentelle ou à la broderie, l'arbitrage se complique encore, puisque deux matières aux comportements opposés sont cousues ensemble : je l'ai détaillé dans l'article consacré aux différences entre broderie et dentelle.
Reconnaître une vraie soie
Vous avez la pièce en main. L'étiquette est absente, illisible, ou le vendeur en ligne a écrit « satin de soie » sans préciser. Les tests, du plus anodin au plus destructeur, avec ce que chacun prouve réellement.
Le tableau des tests
| Test | Comment le faire | Ce que fait la soie | Ce que fait une imitation | Fiabilité | Ce qu'il ne prouve pas |
|---|---|---|---|---|---|
| Paume et chaleur | Main à plat trente secondes, puis frottez entre pouce et index | Fraîche à la pose, tiédit jusqu'à la température de la peau ; main sèche, légèrement crissante | Le polyester reste froid durablement, parfaitement lisse, sans grain | Moyenne | Ne distingue pas la soie d'un cupro ou d'un acétate de belle facture |
| Froissage | Serrez une poignée dans le poing cinq secondes, relâchez | Garde des plis fins et mous, qui s'estompent lentement | Le polyester reprend sa forme instantanément ; la viscose garde des plis, mais plus durs | Bonne si l'on compare deux tissus côte à côte | Confond soie et viscose, qui froissent toutes deux |
| Cri de la soie | Frottez deux épaisseurs l'une contre l'autre près de l'oreille | Un froissement grinçant, propre, caractéristique | Glissement silencieux ou feutré | Moyenne à bonne | Une soie très décreusée et très lavée crisse peu : l'absence de bruit ne condamne pas |
| Goutte d'eau | Une goutte sur une couture intérieure cachée | Pénètre et s'étale, la zone fonce franchement | Le polyester perle en surface ou met longtemps | Bonne | Laisse parfois une auréole sur une soie lustrée : à réserver à une zone invisible |
| Fil tiré et observé | Prélevez un fil d'ourlet, défaites-le, regardez à la lumière | Se sépare en filaments très longs, continus, lisses, d'un lustre profond | Le polyester donne des filaments identiques mais vitreux ; une schappe donne des fibres courtes | Bonne, à l'œil exercé | Ne distingue pas une soie d'une viscose filament sans loupe |
| Combustion d'un fil | Deux centimètres prélevés dans un ourlet, pince, évier, flamme | Brûle lentement, odeur de cheveu brûlé, s'éteint souvent seule, cendre noire friable qui s'écrase en poudre | Le synthétique fond en fuyant la flamme et laisse une bille dure | Très élevée : c'est le test de référence | Ne dit rien du grammage, de l'armure ni de la qualité du fil |
| Dissolution à l'eau de Javel | Un fil dans un fond d'eau de Javel, dans un verre, à l'extérieur | Se dissout complètement : la protéine est détruite | Un synthétique et une cellulosique restent intacts | Élevée, mais destructive et désagréable à faire | À réserver au cas où la flamme est impossible ; manipulez avec précaution et ne respirez pas les vapeurs |
| Étiquette de composition | Cherchez la ligne de composition, pas le nom du modèle | « 100 % soie », ou le nom réservé équivalent dans la langue du pays | Toute autre fibre, nommée obligatoirement | La plus élevée de toutes, quand l'étiquette existe | Ne dit pas s'il s'agit d'un filament, d'une schappe ou d'une bourrette |
| Test de l'anneau | Faire passer le tissu dans une bague | Une charmeuse légère passe, un 25 momme bloque | Une charmeuse de polyester passe aussi facilement | Nulle | C'est une mesure de fluidité, pas de composition |
| Test du brillant | Juger à l'intensité du reflet | Lustre profond qui change de couleur selon l'angle | Un satin de polyester brille souvent davantage, et plus froidement | Nulle comme test, utile comme indice à l'œil exercé | L'intensité du brillant ne dit rien de la fibre |
Les trois gestes qui marchent, en détail
Le froissage. Le test de terrain, celui qu'on fait en magasin sans avoir l'air de rien. Faites-le sur deux pièces côte à côte et la différence saute aux yeux ; sur une seule pièce, sans point de comparaison, vous douterez, et c'est normal. Il ne sépare pas non plus la soie de la viscose, qui froisse elle aussi, souvent davantage et plus sèchement.
La paume. Posez la main bien à plat et attendez. La soie prend un peu de chaleur très vite, d'où la fraîcheur des premières secondes, puis elle sature et se met à la température de la peau. Puis frottez : la soie accroche très légèrement la pulpe du doigt, le polyester glisse sans rien rencontrer. C'est le mot qui surprend le plus en cabine — la soie est sèche, pas onctueuse, et c'est sa signature.
La combustion d'un fil. Le seul test qui donne une réponse nette. Ne prélevez jamais le fil dans le corps du vêtement : l'ourlet intérieur, une réserve de couture, une surépaisseur invisible. Deux centimètres suffisent. Au-dessus d'un évier, le fil tenu par une pince métallique, loin de tout tissu. Observez le comportement à l'approche de la flamme, l'odeur, puis le résidu. C'est le résidu qui tranche.
Le tableau de combustion
| Fibre | À l'approche et dans la flamme | Odeur | Résidu |
|---|---|---|---|
| Soie | Grésille, brûle lentement, s'éteint souvent seule hors de la flamme | Cheveu ou corne brûlés, comme une mèche approchée d'une bougie | Cendre noire, boursouflée, friable, qui s'écrase en poudre entre les doigts |
| Laine | Brûle lentement, se recroqueville, s'éteint seule | Très proche de la soie, un peu plus forte | Cendre noire friable, souvent plus volumineuse |
| Coton, lin | Brûle vite et franchement, continue hors flamme | Papier brûlé | Cendre grise légère, pas de résidu dur |
| Viscose, modal, lyocell, cupro | Brûle très vite, comme du papier | Papier brûlé | Cendre grise, très légère, peu de résidu |
| Acétate | Fond et brûle en même temps, goutte | Vinaigre, très reconnaissable | Bille dure, noire, cassante |
| Polyester | Se rétracte en fuyant la flamme, fond, goutte, fumée noire | Chimique, douceâtre | Bille dure et luisante, impossible à écraser |
| Polyamide | Fond et se rétracte, goutte peu | Chimique, parfois comparée au céleri | Bille dure grise ou beige |
| Élasthanne | Fond sans se rétracter, brûle avec difficulté | Chimique, âcre | Résidu mou et collant |
Soie et laine se ressemblent beaucoup au feu — même famille protéique — mais aucune lingerie ne confond les deux à la main, donc l'ambiguïté est théorique. Viscose et coton se ressemblent aussi, et c'est utile : si votre fil brûle comme du papier en laissant une cendre grise sans odeur de cheveu, vous n'avez pas de soie, et savoir laquelle des deux vous avez n'a aucune importance pour acheter.
Les tests qui ne prouvent rien
L'anneau et le brillant. Le premier mesure la fluidité, le second l'éclairage. Un satin de polyester brille souvent davantage qu'une soie, et plus froidement, parce que son filament est un cylindre régulier qui réfléchit comme une tige de verre. Ce qui distingue la soie, c'est la profondeur du lustre et son changement de couleur selon l'angle, pas son intensité — un jugement d'œil, pas un test, et qui disparaît presque entièrement sur une photographie d'écran.
La douceur. La soie n'est pas la matière la plus douce du marché. Un modal, une microfibre bien finie, un cupro sont souvent perçus comme plus doux. Juger la soie à sa douceur conduit à préférer systématiquement une imitation.
Le prix. Un écart très important avec ce que coûte un synthétique doit éveiller l'attention. Mais une offre peut être basse pour mille raisons légitimes — un déstockage, une fin de série, un grammage faible, une schappe plutôt qu'un filament. Signal d'alerte, pas preuve, et personne n'a jamais reconnu une fibre en lisant une étiquette de prix.
La couture, en revanche, dit quelque chose. Pas sur la fibre, sur la facture. Une couture anglaise qui enferme les bords dans un rentré, un ourlet roulé fin, des bretelles doublées cousues sur une surépaisseur : voilà le vocabulaire d'un atelier qui sait qu'il coud de la soie. Un surjet simple et large sur une soie fine annonce un effilochage rapide, quelle que soit la qualité du tissu.
Lire une étiquette, lire un marché
Ce que la réglementation garantit, et ce qu'elle ne garantit pas
En Europe, la dénomination des fibres textiles et l'étiquetage de composition sont encadrés par un règlement unique, valable dans tous les États membres. Il établit une liste de dénominations réservées, impose d'indiquer la composition en fibres de tout article textile, et interdit d'employer ces dénominations pour autre chose que la fibre qu'elles désignent.
« Soie » est une dénomination réservée. Elle ne peut désigner que la soie produite par les vers à soie. Un vendeur qui écrit « 100 % soie » dans la ligne de composition d'un article vendu en Europe engage sa responsabilité, et il existe des services de contrôle pour cela. C'est pourquoi cette ligne vaut infiniment mieux que tous les adjectifs du nom du modèle.
« Satin » n'est pas une dénomination réservée, puisque ce n'est pas une fibre mais une armure. « Satin », « charmeuse », « crêpe », « duchesse » décrivent un tissage et ne disent rien de la matière. Un vendeur qui appelle « nuisette satin » une nuisette en satin de polyester ne mentira pas : il ne vous aura rien dit.
Le règlement prévoit des tolérances et des exemptions. Une petite proportion de fibres étrangères, de l'ordre de deux pour cent, est admise sans devoir être déclarée ; les fils à coudre, certaines garnitures, les parties non textiles n'entrent pas dans le calcul. Cela explique pourquoi une étiquette peut annoncer « 100 % soie » sur une pièce dont la dentelle et les élastiques ne sont évidemment pas en soie.
Ce que le règlement ne garantit pas est tout aussi important : ni le grammage, ni l'armure, ni la nature du fil — filament, schappe ou bourrette —, ni l'origine, ni la qualité du décreusage, ni la solidité de la teinture. Tout cela relève de l'honnêteté commerciale et de la précision de la fiche produit.
Le tableau des mentions commerciales
| Ce qui est écrit | Ce que cela veut dire | Ce que cela ne dit pas |
|---|---|---|
| 100 % soie | De la soie, au sens réglementaire. L'information la plus fiable de la fiche | Filament, schappe ou bourrette ; le grammage ; l'armure |
| Soie de mûrier | Une information réelle : la soie du bombyx domestiqué, à l'exclusion du tussah, de l'éri et du muga | Le grade du fil, le grammage, la finition |
| Soie de mûrier 6A | Une allégation de grade sur le fil grège, selon une convention commerciale du négoce | Qu'un organisme indépendant l'ait vérifiée |
| Satin, satin fluide, satin brillant | Une armure satin. Rien d'autre | La fibre, c'est-à-dire l'essentiel |
| Satin de soie, soie satin | Une soie tissée en satin, ce que beaucoup cherchent | Le grammage, qui décide du tombé et de la solidité |
| Touché soie, effet soie, soyeux, silky | Un synthétique ou un artificiel dont on vante la ressemblance | Rien sur la soie, qui est absente |
| Soie de lait, de bambou, de rose, de soja | Des fibres régénérées, très souvent de la viscose. Le mot soie y est publicitaire | La fibre réelle, qui figure sous son vrai nom dans la composition |
| Soie artificielle, art silk | Appellation historique de la viscose, proscrite comme dénomination de fibre | Rien, sinon que ce n'est pas de la soie |
| Soie lavée, sandwashed | Une soie dont le lustre a été cassé par un lavage mécanique. C'est bien de la soie | Le grammage, qui compte d'autant plus que le tissu est souple |
| Soie sauvage, tussah | Une vraie soie, d'un autre papillon : fil plat, nuances beiges, aspect irrégulier | Qu'elle ne glisse pas et ne convient pas à une pièce fluide |
| Soie de paix, ahimsa | Un cocon dont le papillon est sorti, donc un fil filé et non dévidé | Que le tissu sera mat : une soie de paix lisse et brillante mérite une question |
| 92 % soie, 8 % élasthanne | Un tissu extensible, fréquent sur les bodies et les culottes | Que l'élasthanne vieillit plus vite que la soie et fixe la durée de vie de la pièce |
| Doublure 100 % soie | Une bonne nouvelle, souvent un habotai | Le grammage de la doublure, souvent très bas |
| Composition absente | En ligne, un oubli ; en magasin, une anomalie | Tout. Demandez, ou passez |
Si la composition n'écrit pas le mot « soie », il n'y a pas de soie. Aucun adjectif n'y change rien.
Qui publie le momme, et qui n'en parle pas
Ce qu'on peut dire du marché sans rien inventer — le seul comparatif qui ait une valeur.
Les maisons dont la soie est le cœur du métier publient le momme. C'est le signe le plus fiable du sérieux d'une offre, parce qu'une maison qui connaît sa matière en fait son argument. Sur le marché anglophone, des marques spécialisées comme Lilysilk ou Slip affichent le grammage sur leurs fiches produit. Les grammages qui dominent l'offre de nuit et de literie sont le 19 et le 22 momme : au-dessous, le tissu devient trop léger pour une pièce portée régulièrement ; au-dessus, trop lourd et trop chaud.
La haute lingerie travaille la soie et l'annonce, sans toujours publier le grammage. Des maisons comme Carine Gilson, qui construit son identité sur la soie et la dentelle, ou Olivia von Halle pour le pyjama et la nuisette de soie, nomment la matière dans le titre du modèle, dans la description et dans la composition. Le momme, lui, n'apparaît pas systématiquement : usage général du secteur plutôt que négligence particulière. Posez la question au service client avant d'acheter une pièce que vous comptez garder. Une maison qui répond précisément vous renseigne autant sur sa matière que sur elle-même.
Hors spécialistes, « satin » domine les intitulés et la fibre se lit en petits caractères. Ce n'est pas malhonnête en soi, puisque l'armure est bien un satin. Simplement, l'acheteuse qui lit le titre ne sait pas de quoi la pièce est faite. Je m'abstiendrai de nommer ici telle enseigne avec telle composition : les assortiments changent d'une saison à l'autre, une même maison vend selon ses lignes du polyester, de la viscose et parfois une capsule de soie, et une affirmation fausse sur une concurrente serait injuste autant qu'imprudente. Retournez l'étiquette du modèle que vous tenez, plutôt que de croire un classement de marques.
Ce que je regarde moi-même sur une fiche, dans cet ordre : la composition du tissu principal, celle de la doublure et celle de la dentelle séparément ; l'armure, ou au moins le nom du tissu ; le grammage ; les consignes d'entretien détaillées et non réduites à un pictogramme ; les mesures de la pièce à plat ; la taille portée par le mannequin. Cinq sur six, c'est une bonne fiche, quelle que soit la maison. Sur les fiches de notre collection lingerie, c'est exactement ce que nous cherchons à rendre lisible : la composition telle qu'elle est, sans adjectif pour la masquer.
Et ce qu'aucune photographie ne vous dira. Ni la fibre, ni le grammage, ni l'armure, ni la tenue des coutures. Un satin de polyester bien éclairé ressemble à une soie de 22 momme, et une soie lavée mal éclairée ressemble à du coton. Les seules informations fiables en ligne sont écrites, pas montrées.
Le cas des soies mélangées
Une grande partie de la lingerie de soie contemporaine n'est pas en soie pure, et ce n'est pas un scandale : c'est un arbitrage technique. La soie ne s'étire pratiquement pas. Pour une culotte, un body, un bonnet moulé, un bas de pyjama près du corps, il faut de l'élasticité, et elle vient d'ailleurs.
- Soie et élasthanne. Le mélange le plus courant. Il transforme la pièce : elle suit le corps, elle revient en place, elle supporte un ajustement serré. Il transforme aussi sa durée de vie, parce que c'est presque toujours l'élasthanne qui meurt le premier — il se détend, casse, et la pièce baille là où elle serrait. Tout ce qui tue l'élasthanne, l'eau chaude et le sèche-linge en tête, abrège donc la vie d'une soie mélangée bien avant que la soie ne soit en cause. J'ai consacré un article entier à cette fibre minuscule qui décide de tant de choses : pourquoi l'élasthanne change tout en lingerie.
- Soie et coton. Rare en lingerie, plutôt en maille et en vêtement d'intérieur. Le coton apporte la lavabilité et prend le pas sur la main de la soie.
- Soie et viscose, soie et modal. Mélanges économiques et agréables, qui gardent une partie de la gestion de l'humidité et perdent le lustre profond. L'entretien se calque sur la viscose, qui perd beaucoup de sa résistance une fois mouillée.
- Soie et polyamide dans la dentelle. Très fréquent : un tissu de soie bordé d'une dentelle en polyamide. Les deux ne se lavent pas de la même façon, et c'est toujours la soie qui dicte la règle. La dentelle dicte le reste : jamais de machine sans filet, parce que c'est elle qui s'accroche.
Sur une pièce mélangée, l'entretien se règle sur la fibre la plus exigeante. Toujours.
Les propriétés de la soie, une par une
L'humidité
C'est la propriété la plus importante, et la seule qu'on ressente sans y penser.
La soie est une fibre protéique à reprise d'humidité élevée : à l'équilibre dans un air normal, elle contient de l'ordre de onze pour cent de son poids en eau, et elle peut en absorber davantage avant de paraître mouillée au toucher. La vapeur qui part en permanence de la peau est captée dans l'épaisseur de la fibre, où elle ne se sent pas, puis relâchée dans l'air ambiant. Il ne se forme pas de film d'eau entre la peau et le tissu.
Un polyester, pour comparaison, a une reprise d'humidité de l'ordre de quatre dixièmes de pour cent. L'eau reste en surface, entre les fils et contre la peau. C'est l'origine exacte de la sensation collante qu'on décrit en disant « ça ne respire pas ». Techniquement, l'air passe très bien à travers un satin synthétique léger. Ce n'est pas l'air qui manque, c'est la capacité de la fibre à encaisser l'humidité.
Et cela compte autant pour une pièce portée toute la journée que pour une pièce de nuit : un caraco de soie sous une veste à dix-huit heures n'est pas dans le même état qu'un caraco synthétique.
Le contact et la thermique
La sensation au contact. Quand la peau touche un tissu, de la chaleur part de la peau vers le tissu, et la vitesse à laquelle elle part donne la sensation de frais ou de chaud. Une soie dense et lisse en prend très vite, d'où la fraîcheur des premières secondes. Puis la chaleur n'a plus où aller, le tissu se met à la température de la peau, et la sensation disparaît. Effet de surface, pas propriété magique.
L'isolation. La soie isole modérément et emprisonne peu d'air par elle-même : c'est l'armure et le grammage qui décident. Un 25 momme tient chaud, un 12 momme ne tient rien. Dire que la soie est fraîche en été et chaude en hiver est à la fois vrai et paresseux. Ce qu'elle fait réellement, c'est suivre les variations de l'ambiance au lieu de les subir, parce qu'elle gère l'humidité.
La résistance mécanique
La soie est, à section égale, l'une des fibres naturelles les plus résistantes en traction. Un fil de soie tire bien, se plie bien, revient bien. C'est ce qui a permis les usages techniques historiques, des fils de suture aux premiers parachutes.
- Elle résiste mal à l'abrasion répétée. Le filament est lisse et nu : frotté, il se fibrille et le tissu se ternit localement. Les zones d'usure sont donc prévisibles — sous les bras, à la ceinture, au dos d'un body à l'endroit où il frotte contre une couture de pantalon.
- Elle perd une part de sa résistance mouillée. Moins que la viscose, beaucoup moins, mais assez pour qu'on ne tire jamais sur une soie trempée. C'est la vraie raison de la règle « ne jamais tordre » : pas une politesse, de la mécanique.
- Elle a peu d'élasticité et peu de retour. Étirée au-delà de quelques pour cent, elle ne revient pas. D'où la bretelle de soie non doublée qui s'allonge, et le déshabillé de 22 momme laissé tout un hiver sur un cintre, qui redescend de l'épaule en gardant la marque du crochet.
Le lustre et la teinture
Le lustre vient de la géométrie du filament. La teinture vient de la chimie : la fibroïne est une protéine amphotère, avec des sites acides et des sites basiques, ce qui lui permet de fixer une variété exceptionnelle de colorants et d'atteindre des nuances profondes qu'un synthétique a du mal à égaler.
La contrepartie est double. Une soie teinte en couleur profonde peut dégorger, surtout aux premiers lavages et surtout dans les rouges, les bleus intenses et les noirs. Lavez une soie foncée seule les premières fois. Et les colorants de la soie sont moins stables à la lumière que ceux d'un polyester teint dans la masse : une soie imprimée est magnifique et plus fragile au soleil, raison supplémentaire de ne jamais la sécher dehors en plein jour.
Le froissage, et le cri
La soie se froisse, et c'est normal. Elle n'a ni l'élasticité du polyester, ni la mémoire thermoplastique qui permet de fixer un pli ou de l'effacer. Un satin de soie marque, un crêpe presque pas, une georgette pas du tout : c'est l'armure qui décide plus que la fibre.
Le cri de la soie — ce froissement grinçant quand on frotte deux épaisseurs — vient de la friction des faces planes du filament et d'un reste de gomme. C'est un indice de bonne facture. Il s'atténue avec les lavages, et son absence ne condamne pas une pièce.
La sueur et l'odeur
Point important, et rarement dit. La soie retient peu les odeurs, contrairement aux synthétiques qui sont oléophiles et dans lesquels le sébum s'installe durablement. Une pièce de soie portée une journée s'aère et redevient fraîche ; une pièce synthétique dans le même état garde souvent son odeur après lavage à froid.
Mais la soie souffre de la sueur bien plus qu'un synthétique. La sueur est acide, chargée en sels et en composés azotés, et elle attaque la protéine, surtout combinée à la chaleur et au temps. D'où les auréoles jaunes aux emmanchures, qu'on découvre en ressortant une pièce rangée. À ce stade la fibre est dégradée localement, et aucun détachage ne la restaure.
Deux propriétés inverses, une seule conclusion : une soie s'aère volontiers entre deux ports, et ne se range jamais sale.
Ce que nous ne promettrons pas
Impossible d'écrire sur la soie sans croiser le sujet. On lit partout qu'elle serait bonne pour la peau, bonne pour les cheveux, bonne pour tout. Soyons nets : nous ne promettons aucun effet sur votre corps. Je ne suis pas dermatologue, le terrain est réglementé, et une promesse de ce genre dans un article de boutique ne vaut rien.
Ce qu'on peut décrire, ce sont des faits de matière et des sensations.
- Un satin de soie a un faible coefficient de frottement sur la peau. Propriété de surface mesurable. D'où la sensation que le vêtement ne tire pas, ne retient pas, ne colle pas.
- La soie est fraîche au contact les premières minutes, puis se met à la température du corps. Une sensation, pas un traitement.
- Une soie écrue de bonne facture ne contient pas d'apprêt synthétique une fois lavée. Certaines femmes qui trouvent les finitions chimiques des synthétiques inconfortables préfèrent la soie pour cette raison. Je rapporte ce qu'on me dit, sans en faire une règle.
Et une remarque de bon sens : sur une pièce de lingerie, la surface de peau en contact est modeste, et le vêtement bouge. Si l'idée du contact de la soie vous intéresse pour le visage et les cheveux, c'est la taie d'oreiller qui est en jeu, pas le caraco.
L'entretien, poste par poste
C'est la partie qui décide si votre pièce durera deux saisons ou dix ans, et elle tient en une phrase : de l'eau froide, un produit non alcalin et sans enzymes, aucune torsion, aucune chaleur, pas de lumière.
Le tableau d'entretien
| Poste | Le geste juste | Pourquoi | L'erreur fréquente |
|---|---|---|---|
| Fréquence de lavage | Tous les deux à trois ports pour une pièce de nuit, à chaque port pour une pièce portée à même la peau toute la journée ; aérer entre deux | La soie retient peu les odeurs mais souffre de la sueur laissée en place | Laver à chaque fois « pour faire bien » : chaque lavage use, l'aération ne coûte rien |
| Mode de lavage | À la main de préférence. Sinon, filet de lavage fermé, programme soie ou laine, machine peu chargée | Le frottement de la soie sur elle-même et sur le tambour casse le lustre | Programme délicat ordinaire, qui brasse trop et essore trop |
| Température | Froide à tiède, trente degrés au grand maximum | Au-dessus, le tissu se détend, le lustre ternit, les taches protéiques se fixent | Un lavage à quarante « juste cette fois » |
| Lessive | Spéciale soie et laine, pH neutre, sans enzymes, sans agent blanchissant, sans azurant | Fibroïne et séricine sont des protéines ; les protéases des lessives modernes les digèrent | Une lessive liquide « douce » du commerce, qui reste alcaline et enzymatique |
| Dosage et dilution | Diluer le produit dans l'eau avant d'immerger la pièce | Une goutte concentrée sur un satin laisse une marque claire définitive | Verser la lessive sur le tissu, comme on prétraite une chemise |
| Assouplissant | Jamais | Il dépose un film qui mate le lustre et alourdit la main | Croire qu'il va « adoucir » une matière déjà douce |
| Javel, percarbonate, détachants oxygénés | Jamais, à aucune dilution | Ils détruisent la protéine ; sur la soie, c'est immédiat et irréversible | Un fond de produit blanchissant dans la bassine d'un lavage précédent |
| Rinçage | Deux fois à l'eau claire froide. Une cuillère de vinaigre blanc au dernier rinçage, facultative et utile | Un reste de lessive mate la soie plus sûrement qu'un lavage manqué ; le vinaigre neutralise les traces alcalines | Un seul rinçage rapide |
| Essorage | Jamais en machine. Rouler la pièce dans une serviette éponge sèche et presser à plat des paumes | La soie perd de la résistance mouillée : une torsion déforme la trame définitivement | Tordre la pièce « doucement », ce qui est déjà trop |
| Séchage | À plat, sur serviette sèche, à l'ombre, à l'air libre, loin de tout radiateur. Retourner à mi-séchage | La chaleur raidit, le soleil jaunit et fragilise, la suspension allonge | Le cintre, le radiateur, le fil au soleil, le sèche-linge |
| Repassage | Fer au réglage soie, un à deux points, sur l'envers, tissu encore légèrement humide, pattemouille si doute, sans vapeur projetée de près | La soie roussit plutôt qu'elle ne fond : la marque est lente mais définitive, et la vapeur ponctuelle fait des auréoles | Repasser l'endroit d'un satin, ce qui le lustre en traces brillantes |
| Rangement | Plié à plat, dans un sachet de coton ou une taie propre, à l'abri de la lumière, jamais dans du plastique, jamais sur un cintre métallique | L'humidité enfermée jaunit, la lumière dégrade, le métal tache et marque | La housse plastique du pressing, gardée des mois |
| Taches | Agir vite, à l'eau froide, sur toute la pièce plutôt qu'en point | Le détachage ponctuel sur un satin lustré laisse une auréole plus visible que la tache | Frotter la tache, ou l'attaquer avec un produit ménager |
Le lavage à la main, geste par geste
Sept minutes, dont cinq d'attente.
- Remplissez une bassine ou un lavabo propre d'eau froide à tiède. Mettez la main dedans : si elle est agréablement fraîche, c'est bon. Si elle est chaude, elle est trop chaude.
- Diluez complètement la lessive avant d'y mettre la pièce. Mélangez jusqu'à ce qu'il n'y ait plus de traînée visible. Jamais de produit versé directement sur le tissu.
- Immergez et pressez doucement cinq minutes. On presse, on ouvre, on represse. On ne tord pas, on ne frotte pas, on ne brosse pas : le frottement d'une soie sur elle-même casse le lustre et crée des zones mates qu'on ne rattrape pas.
- Insistez du bout des doigts sur les emmanchures, l'encolure et la ceinture, là où se concentrent sébum et déodorant. Sans ongle, sans brosse, sans savon posé en direct.
- Rincez à l'eau claire froide, deux fois. Le premier rinçage emporte l'essentiel, le second emporte ce qui mate. Un geste traditionnel des soyeux consiste à ajouter une cuillère de vinaigre blanc au dernier rinçage : c'est inoffensif, et souvent spectaculaire.
- Ne tordez jamais. Étalez la pièce sur une serviette éponge sèche, roulez le tout comme un gâteau roulé, pressez avec les paumes sur toute la longueur. La serviette prend l'eau, la soie garde sa forme.
- Séchez à plat, sur une seconde serviette sèche, à l'ombre. Remettez la pièce en forme avec les doigts avant qu'elle ne sèche : bretelles droites, coutures alignées, dentelle étalée.
- Repassez à peine humide si nécessaire, sur l'envers. Une soie séchée bien à plat n'a souvent besoin d'aucun repassage.
Si tout cela vous paraît hors de portée, la machine reste possible, aux conditions du tableau ci-dessus. Ce n'est pas l'idéal. Mais je préfère cent fois une soie lavée en machine et portée à une soie parfaite qui ne sort jamais du tiroir, et je le dis chaque fois qu'on me demande s'il est bien raisonnable d'acheter de la soie.
Les taches, tache par tache
| La tache | À faire tout de suite | À ne jamais faire | Pronostic |
|---|---|---|---|
| Déodorant, antitranspirant | Rincer la zone à l'eau froide claire, puis laver la pièce entière sans attendre | Frotter, ou attaquer avec un détachant : les sels attaquent déjà la fibre | Bon si immédiat. Mauvais si la trace a vieilli : la fibre est dégradée |
| Transpiration fraîche | Laver la pièce entière à l'eau froide le jour même | Ranger en se disant que cela ne se voit pas | Bon si immédiat. Les auréoles jaunes apparues après rangement sont définitives |
| Parfum, alcool | Laver la pièce entière à l'eau froide ; sur une soie claire, ne pas attendre | Sécher au sèche-cheveux pour « faire partir » | Variable. L'alcool laisse souvent une auréole de lustre, parfois atténuable par un lavage complet |
| Maquillage, fond de teint | Retirer l'excédent en tamponnant avec un linge sec, sans étaler, puis laver la pièce entière | Mouiller d'abord : l'eau étale les pigments gras | Correct sur une pièce foncée, difficile sur une soie claire |
| Corps gras, crème, huile | Tamponner, saupoudrer éventuellement de talc ou de terre de Sommières et laisser absorber quelques heures, brosser doucement, puis laver | Eau chaude, liquide vaisselle, détachant ménager | Correct si traité vite. Une tache grasse installée relève du pressing |
| Vin, café, thé | Tamponner, rincer abondamment à l'eau froide sous un filet, laver la pièce entière | Vin blanc sur vin rouge, sel, eau chaude | Souvent bon si l'intervention est immédiate |
| Sang | Rincer longuement à l'eau froide uniquement | Eau tiède ou chaude, qui coagule et fixe définitivement ; peroxyde, qui détruit la soie | Bon à froid et tout de suite. Mauvais sinon |
| Auréole d'eau | Humidifier à nouveau la zone bien au-delà de l'auréole, ou laver la pièce entière, puis sécher à plat | Sécher au fer ou au sèche-cheveux en espérant que cela s'estompe | Bon : une auréole d'eau est un problème de bord de séchage, pas une tache |
| Trace jaune ancienne aux emmanchures | Laver doucement, accepter ce qui reste, et se demander si la pièce peut se porter sous autre chose | Javel, percarbonate, bain au citron ou au soleil | Mauvais. C'est une dégradation de la fibre, pas un dépôt |
Sur une soie, on lave la pièce entière plutôt que la tache. Pour une tache grasse installée, pour une soie claire à laquelle vous tenez, pour une pièce doublée ou brodée, un pressing qui connaît la soie reste la meilleure option, et le dire n'est pas une faiblesse.
Ce qui tue une soie
Les dégâts qu'on me décrit viennent presque tous de la même poignée de causes. Les voici dans l'ordre de fréquence, avec le mécanisme et le geste correctif.
Le déodorant et l'antitranspirant. Les sels d'aluminium sont acides et agressifs pour une fibre protéique, et le produit se concentre exactement là où le tissu frotte. C'est la première cause de mort d'une pièce de soie, loin devant les autres. Le geste : appliquer sur peau nue, attendre que ce soit parfaitement sec — une ou deux minutes, pas dix secondes —, puis enfiler. Jamais l'inverse, et jamais de retouche à travers le vêtement.
Le parfum vaporisé sur le tissu. L'alcool laisse des auréoles de lustre, et certaines notes font jaunir les soies claires. Le geste : parfumer la peau nue, puis attendre que l'alcool s'évapore. Jamais pulvériser à travers une pièce de soie.
La transpiration laissée en place avant rangement. La mort par placard, et la plus triste, parce qu'on la découvre des mois plus tard sur une pièce qu'on croyait propre. Le geste : laver avant de ranger, toujours, même quand rien ne se voit.
Le soleil et la lumière du jour. Les ultraviolets dégradent la fibroïne et attaquent les colorants. Signature : un jaunissement général sur les soies claires, une bande décolorée là où le pli était exposé, un tissu qui devient cassant. Le geste : sécher à l'ombre, ranger dans un tiroir fermé, éviter l'étagère ouverte près d'une fenêtre et la penderie vitrée exposée.
Le chlore. Eau de Javel, mais aussi eau de piscine. Le chlore détruit la protéine, très vite et sans retour : la zone se troue ou part en poussière. Il n'existe aucune dilution sûre. Le geste : aucun produit chloré au contact ni dans le même bain, un rinçage immédiat et abondant en cas de contact accidentel, et pas de soie au bord d'un bassin.
L'eau trop chaude. Elle détend le tissu, ternit le lustre, fait dégorger les couleurs profondes, et sur une soie mélangée elle achève l'élasthanne. Le geste : si l'eau est confortable pour une vaisselle, elle est trop chaude pour une soie.
La lessive enzymatique. Les protéases d'une lessive moderne sont conçues pour digérer les taches protéiques — et la soie en est une. Le tissu ne se troue pas d'un coup : il perd son lustre, devient cotonneux, se détend, et on met des mois à comprendre. Le geste : une lessive spéciale soie et laine. C'est le changement d'habitude le plus rentable de cette liste.
Le cintre métallique. Trois dégâts en un : il marque l'épaule sous le poids, il rouille en laissant une trace orange que rien n'enlève, et son arête fine concentre toute la traction sur quelques centimètres de tissu. Le geste : pliez.
Le sèche-linge. Chaleur, frottement et brassage réunis dans un tambour. Le geste : à plat, sur une serviette, point final.
Le fer trop chaud ou posé sur l'endroit. La soie ne fond pas, elle roussit : la marque est brune, sèche, définitive. Sur un satin, le fer posé à l'endroit lustre les flottés en traces brillantes. Le geste : réglage soie, envers, tissu à peine humide.
Les bijoux, les ongles, les agrafes. Les flottés d'un satin se tirent sans bruit. Une bague, un bracelet de montre, l'agrafe d'un soutien-gorge posé sur la pile, le velcro d'une housse, la griffe d'un chat. Le geste : retirez les bagues pour manipuler la pièce, agrafez les soutiens-gorge avant de les ranger, et ne posez rien de métallique sur une soie pliée.
Les produits de soin gras. Une crème corporelle riche appliquée juste avant d'enfiler une soie claire laisse des marques diffuses difficiles à retirer. Le geste : laissez pénétrer complètement.
Les mites et les poissons d'argent. Les mites s'intéressent beaucoup moins à la soie qu'à la laine, mais elles s'y intéressent, et les poissons d'argent apprécient les apprêts. Le geste : un tiroir propre, un morceau de cèdre ou un sachet de lavande à distance du tissu, pas de boule antimite au contact.
Le bois brut et le carton non neutre. Un tiroir en bois non traité ou un carton acide peuvent jaunir une soie claire au contact, sur plusieurs mois. Le geste : une taie de coton propre entre le meuble et la pièce.
Le tableau de diagnostic
Quand le dégât est déjà là, voici comment le lire.
| Ce que vous voyez | Cause la plus probable | Récupérable | Le geste |
|---|---|---|---|
| Auréoles jaunes aux emmanchures | Sueur et déodorant laissés en place avant rangement | Non : la fibre est dégradée localement | Rien à tenter. Porter la pièce sous autre chose, ou la retirer du vestiaire |
| Jaunissement général et uniforme | Lumière, ou résidu de lessive alcaline, ou plastique de rangement | Parfois, s'il s'agit d'un résidu | Un lavage doux suivi d'un rinçage au vinaigre blanc dilué. Si rien ne bouge, c'est la fibre |
| Tissu devenu mat et cotonneux | Lessive enzymatique ou alcaline, répétée | Non, mais l'évolution s'arrête | Changer de lessive immédiatement pour sauver ce qui reste et les autres pièces |
| Zones brillantes en traces | Fer posé à l'endroit, qui a lustré les flottés | Rarement | Repasser l'envers à la vapeur douce peut atténuer un peu. Ne pas insister |
| Marque brune nette | Fer trop chaud, roussissure | Non | Rien. Si la marque est dans un ourlet, elle peut être cachée par une reprise |
| Fil tiré en surface | Flotté accroché par un ongle, un bijou, une agrafe | Oui, le plus souvent | Voir la partie réparation : on repousse le fil, on ne le coupe pas |
| Petit trou net, bords comme fondus | Contact chloré | Non | Rien sur la zone. Vérifier le reste de la pièce, le chlore a souvent touché ailleurs |
| Tissu qui se fend en lanières sans cause | Soie ancienne chargée aux sels métalliques, ou très longue exposition lumineuse | Non | Pièce de collection, pas de vestiaire. Conserver à plat, sans la porter |
| Couture qui baille, tissu déchiré autour du point | Grammage trop faible pour la traction, pas un défaut de la soie | Oui, avec une surépaisseur | Renfort par un morceau de soie ou d'organza cousu à l'envers, puis reprise de la couture |
| Pièce qui baille là où elle serrait | Élasthanne mort, sur une soie mélangée | Non pour l'élasthanne | Remplacement de l'élastique si la pièce en a un cousu, sinon fin de vie |
| Lustre terni partout après un lavage | Assouplissant, ou lessive mal rincée, ou produit non dilué | Souvent oui | Relaver sans lessive, rincer deux fois, vinaigre blanc au dernier rinçage |
Comment une soie vieillit
La question se pose rarement avant l'achat, et c'est dommage : la réponse change ce qu'on achète.
Ce qui s'améliore
Une soie bien traitée ne se dégrade pas linéairement : elle se pose. Le lustre très franc des premiers jours s'adoucit et devient plus profond. La main durcie par les apprêts de fabrication s'assouplit aux premiers lavages. Le cri diminue. Une charmeuse qui semblait un peu raide en magasin tombe mieux après trois lavages à la main. Dans le cas du muga, le lustre augmente franchement avec les lavages, et ce n'est pas une légende.
Les trois premiers lavages améliorent une pièce de soie — à condition d'être faits correctement. Un premier lavage raté la condamne d'emblée, et c'est pourquoi il vaut la peine d'acheter la bonne lessive avant la pièce.
Ce qui se dégrade, et à quelle vitesse
Les quatre horloges d'une pièce de soie ne tournent pas à la même vitesse.
- L'horloge chimique. La plus lente si l'entretien est bon, la plus rapide s'il est mauvais. Avec une lessive adaptée, une soie traverse facilement plusieurs centaines de lavages.
- L'horloge mécanique. Les zones de frottement se fibrillent et se ternissent : emmanchures, ceinture, bretelles, points d'appui. Sur une pièce portée toute la journée, c'est elle qui parle le plus.
- L'horloge lumineuse. Elle tourne même quand la pièce ne sert pas, et c'est ce qui la rend sournoise. Une soie rangée cinq ans sur une étagère exposée se retrouve jaunie et cassante sans avoir été portée.
- L'horloge de l'élasthanne, s'il y en a. La plus courte de toutes, et celle qui fixe la fin de vie d'une pièce mélangée.
Le cas particulier des soies anciennes
Si vous chassez le vintage — et les combinaisons, fonds de robe et nuisettes de soie des décennies passées circulent beaucoup —, deux pièges.
Le premier est le jaunissement d'emmanchure. Il est définitif, et il condamne souvent une pièce par ailleurs splendide. Regardez sous les bras, sous une lumière franche, avant toute autre chose : c'est le premier geste que je fais en friperie, avant même de chercher la taille.
Le second est la soie chargée aux sels métalliques. Ces pièces se désagrègent avec le temps : le tissu se fend en lanières régulières, sans qu'on l'ait touché, et c'est irréversible. Le signe d'alerte est un tissu anormalement lourd et sec, avec de fines craquelures aux plis. Une telle pièce se conserve à plat dans du papier neutre ; elle ne peut plus être portée, et aucun atelier ne la sauvera.
Compter en ports plutôt qu'en saisons
Je n'écrirai aucun montant — ils changent, l'article reste. Et la bonne question n'est de toute façon pas « combien », elle est combien de ports.
Une pièce de soie lavée correctement, séchée à plat, rangée pliée, traverse plusieurs années de port régulier. La même pièce lavée en machine à quarante degrés avec la lessive de la maison passe une saison et demie. L'écart de durée entre les deux scénarios est bien plus grand que l'écart de prix entre une soie et un synthétique.
Ce qui donne une règle d'achat honnête, et un peu désagréable : si vous savez d'avance que vous ne laverez jamais rien à la main et que vous ne changerez pas de lessive, la soie n'est pas une économie, c'est un gâchis. Autant le reconnaître avant d'acheter qu'après. Et si vous hésitez, commencez par une pièce simple et robuste — un caraco de 19 momme, une nuisette sans dentelle — plutôt que par la pièce la plus délicate du magasin. Vous trouverez ce genre de pièces dans nos nuisettes et déshabillés, et les coupes plus couvrantes dans l'article consacré au retour de la chemise de nuit.
Réparer
Une soie se répare mieux qu'on ne le croit, et c'est une bonne nouvelle : les pannes les plus fréquentes sont les plus bénignes.
Le flotté tiré
L'accident numéro un d'un satin, et il n'est presque jamais grave. Un fil de surface a été accroché et tiré : il forme une boucle, et le tissu s'est resserré de part et d'autre.
Ce qu'il faut faire : ne coupez surtout pas la boucle, qui lâcherait le flotté sur toute sa longueur. Prenez une aiguille fine, à bout rond si possible, et travaillez à l'envers. Attrapez la base de la boucle, tirez doucement le fil vers l'intérieur par petits mouvements, puis étirez délicatement le tissu perpendiculairement au fil tiré, à plat, des deux mains, pour répartir la longueur reprise. Le plus souvent la boucle disparaît et il ne reste qu'une légère irrégularité qui s'efface au lavage suivant.
Ce qu'il ne faut pas faire : couper, tirer d'un coup sec, repasser par-dessus pour aplatir, frotter la zone.
Le petit trou et la reprise
Un trou de quelques millimètres se traite de deux façons.
Le renfort par l'arrière : un morceau de soie fine ou d'organza, légèrement plus grand que le trou, posé à l'envers et fixé par de tout petits points à la main avec un fil de soie ou un fil très fin. Cela ne rend pas le trou invisible, cela l'empêche de s'agrandir. C'est ce qu'on fait sur un ourlet, une doublure, une zone cachée.
Le stoppage consiste à reconstituer le tissu fil par fil, en prélevant des fils dans une réserve de couture de la pièce elle-même. C'est un métier. Fait correctement, le résultat est invisible, et c'est la seule solution pour une pièce à laquelle on tient vraiment. Peu d'ateliers le pratiquent encore ; demandez à un bon retoucheur s'il connaît quelqu'un.
Les coutures, les ourlets, les bretelles
Une couture qui lâche sur une soie fine n'est presque jamais un problème de fil. C'est le tissu qui a cédé autour des points, parce que la traction se concentrait sur trop peu de matière. Recoudre au même endroit ne tiendra pas. Ajoutez d'abord une surépaisseur à l'envers — un morceau de soie, un ruban de biais, un carré d'organza — puis repiquez à travers les deux épaisseurs, fil fin, aiguille fine, à la main sur une zone délicate.
Les bretelles s'allongent, parce que la soie n'a pas de retour élastique. Sur une bretelle réglable, on reprend le réglage ; sur une bretelle fixe, on raccourcit à la couture d'épaule, en conservant la symétrie. Une bretelle non doublée se renforce en y glissant un ruban fin, cousu à l'intérieur sur toute la longueur.
Un ourlet roulé qui s'ouvre se reprend à la main, par un point roulé fin. C'est long et ce n'est pas difficile. Une machine sur un ourlet roulé de soie fine fait souvent plus de dégâts qu'elle n'en répare.
L'élastique et la dentelle
L'élastique mort est remplaçable, l'élasthanne du tissu ne l'est pas. C'est la distinction qui compte. Si votre pièce a un élastique cousu — à la taille, au dos, sous la poitrine —, un retoucheur le remplace en une heure et la pièce repart pour des années. Si l'élasticité venait du tissu lui-même, il n'y a rien à faire.
Une dentelle décousue se recoud à la main, en suivant le dessin. Attention à ne pas tirer : une dentelle élastique montée sur une soie non élastique crée une tension permanente, et c'est souvent elle qui a déchiré le satin au point de montage. Renforcez alors la soie à l'envers avant de remonter la dentelle, sinon la réparation lâchera au même endroit. C'est sur les bodies et les ensembles, où la superposition des matières est la règle, que cette précaution compte le plus.
Reteindre, et pourquoi c'est rarement une bonne idée
On me le demande pour les soies jaunies et les noirs devenus gris. La soie prend très bien la teinture — en atelier, dans un bain contrôlé, à température maîtrisée, sur un tissu dont on connaît la composition exacte.
À la maison, les obstacles s'accumulent : le bain chaud nécessaire abîme le tissu, les coutures en fil de polyester ne prennent pas la couleur et ressortent claires, la dentelle en polyamide prend une autre nuance, les élastiques se détendent, et les zones déjà dégradées par la sueur absorbent différemment, de sorte que les auréoles ressortent plus visibles qu'avant. Le résultat est le plus souvent une pièce bicolore qu'on ne peut plus porter. Je le déconseille, sans nuance.
Si la pièce compte, confiez-la à un teinturier qui travaille la soie, en acceptant qu'il refuse.
Quand confier la pièce
Un pressing qui connaît la soie — pas n'importe quel pressing — garde son utilité dans quatre situations : une tache grasse installée, une pièce doublée ou structurée qu'on ne peut pas sécher à plat, une pièce brodée ou perlée, une soie ancienne de valeur. Ailleurs, l'eau froide et une lessive adaptée font mieux, plus souvent, et sans solvant.
Posez la question avant de déposer la pièce : demandez ce qu'ils font d'une soie. S'ils répondent précisément, confiez-la. S'ils répondent « comme le reste », reprenez-la.
Constituer un vestiaire de soie qui tient
Deux pièces plutôt qu'une. Une pièce unique de soie est portée trop souvent, donc lavée trop souvent, donc usée trop vite, et elle n'est jamais disponible pendant son séchage. Deux pièces alternées durent chacune plus longtemps que la première n'aurait duré seule.
Le bon grammage pour le bon usage. 19 momme pour ce que vous portez, 22 pour ce que vous gardez, 16 pour ce qui doit voler, un habotai pour ce qui double. Ne montez pas en grammage par réflexe de qualité : vous achèterez une pièce plus chaude et plus lente à sécher, pas une meilleure pièce.
Préférez le crêpe au satin pour une pièce de jour. Pas de brillant sous une veste, pas de flotté à accrocher, et il paraît fatigué beaucoup plus tard.
Une lessive, une bassine, deux serviettes. C'est tout l'équipement. Achetez-les avant la pièce, pas après le premier accident.
Lavez avant de ranger, toujours, même quand rien ne se voit. C'est la règle qu'on oublie le plus, parce qu'une pièce qui a l'air propre a l'air propre.
Pliez, à l'abri de la lumière, dans du coton. Pas de plastique, pas de cintre métallique, pas d'étagère ouverte près d'une fenêtre.
Et sur chacune de nos fiches, la composition est annoncée telle qu'elle est : c'est la première chose à lire, avant la coupe et avant la couleur.
Questions que l'on nous pose
La soie peut-elle aller en machine ? Oui, sous conditions : filet de lavage fermé, programme soie ou laine, trente degrés, essorage désactivé ou minimal, lessive spéciale soie, machine peu chargée, pièce sortie immédiatement et mise à plat. Vous perdrez un peu de lustre au fil des années. Vous garderez une pièce que vous portez.
Une soie rétrécit-elle ? Un peu au premier lavage, quelques pour cent au plus, et surtout si l'eau est chaude. Les maisons sérieuses prélavent leurs soies. Raison supplémentaire de rester en eau froide et de sécher à plat sans tirer.
Pourquoi ma soie est-elle devenue mate après un lavage ? Un assouplissant, une lessive mal rincée, ou une lessive versée non diluée. Relavez sans lessive, rincez deux fois, vinaigre blanc au dernier rinçage. Si la matité est uniforme et persiste, c'est une lessive enzymatique qui a attaqué la fibre, et elle ne reviendra pas.
Ma soie a jauni, que faire ? Localisé aux emmanchures, c'est la sueur, et c'est définitif. Général, cela peut venir d'un résidu alcalin ou d'un rangement en plastique, et un lavage doux suivi d'un rinçage au vinaigre blanc dilué le corrige parfois. Jamais de javel, jamais de percarbonate, jamais de bain au soleil.
Peut-on repasser la soie à la vapeur ? Oui, mais pas de près et pas en jet. Le défroissage vertical à distance, dans la vapeur ambiante d'une salle de bain, fonctionne très bien. Une vapeur projetée à quelques centimètres fait des auréoles sur une soie lustrée.
Combien de temps une pièce de soie peut-elle se porter entre deux lavages ? Deux à trois nuits pour une pièce de nuit, en aérant entre chaque. Un seul port pour une pièce portée à même la peau toute la journée.
Le momme est-il un indicateur de qualité ? Non. C'est un grammage, donc un usage. Une soie de 16 momme n'est pas moins bonne qu'une soie de 22 : elle est plus légère, donc destinée à autre chose.
Une soie de 6A est-elle meilleure ? La classification en grades est une convention commerciale du négoce du fil grège, réelle mais non contrôlée par un organisme public. Un indice favorable accompagné d'autres informations précises, rien du tout toute seule.
Qu'est-ce que la soie lavée, et est-ce vraiment de la soie ? Oui, c'est de la soie, passée au lavage mécanique pour casser le lustre. Le résultat est mat, souple, presque poudré au toucher, et plus facile à vivre qu'un satin brillant. Beaucoup de femmes qui disent ne pas aimer la soie n'aiment en réalité pas le brillant du satin — c'est de loin le malentendu que je corrige le plus souvent.
La soie sauvage conviendrait-elle pour un caraco ? Rarement. Le tussah ne glisse pas, a du grain, et gratte légèrement sur une peau nue. Belle matière de veste d'intérieur, pas de pièce fluide portée à même la peau.
Pourquoi ma nuisette de soie fait-elle du bruit quand je bouge ? C'est le cri de la soie, dû à la section plane du filament et à un reste de gomme. Indice de bonne facture, qui s'atténue avec les lavages.
Peut-on porter de la soie en été sous un vêtement ? C'est même l'un de ses meilleurs usages, parce que sa capacité à encaisser l'humidité joue en journée comme la nuit. Préférez un crêpe à un satin, qui brillerait sous un chemisier, et un grammage moyen plutôt qu'un voile.
Le lavage à sec est-il préférable ? Non, sauf cas particuliers : pièce doublée ou structurée, broderie, perles, soie ancienne de valeur, tache grasse installée.
Comment savoir si une soie va dégorger ? Humectez un coton-tige d'eau froide, tamponnez une couture intérieure cachée, regardez le coton. Si de la couleur part, lavez la pièce seule les trois premières fois.
Et si mon étiquette dit « 100 % soie » mais que le tissu est mat et irrégulier ? C'est probablement une schappe ou une bourrette, de la soie filée à partir de fibres courtes et non du filament dévidé. L'étiquette est honnête, le tissu n'est pas celui que vous attendiez. Rien ne distingue les trois dans la mention réglementaire, et seul l'œil le dit.
Pour finir
La soie est une protéine filée par un animal, plus proche de vos cheveux que d'un drap de coton. De cette seule phrase se déduisent la fragilité aux alcalins, la sensibilité aux enzymes, les auréoles de sueur et le jaunissement au soleil.
Le momme est un poids, pas une note. L'armure décide autant que la fibre. Et la composition reste la seule information que personne ne peut maquiller, ce qui en fait la seule qui vaille vraiment d'être lue.
L'entretien, lui, n'est pas un sacrifice : c'est un échange. Sept minutes, dont cinq d'attente, contre une pièce qui traverse des années. Et si vous ne devez retenir qu'un geste de tout cet article, prenez celui-ci : déodorant et parfum avant, séchés complètement, jamais sur le tissu. Il sauve plus de soies que tous les autres réunis.
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