Chemise de nuit : matières, coupes et conseils
Ce n'est pas la nostalgie qui ramène la chemise de nuit dans les tiroirs, c'est l'absence d'élastique à la taille. Reste à choisir la bonne longueur, la bonne ampleur et la bonne matière.
Par Pauline
Fondatrice d'Estella Lingerie · 7 octobre 2026 · 50 min

La réponse en deux minutes
Une chemise de nuit se choisit dans cet ordre : l'ampleur du bas, la longueur, la matière, puis l'encolure. Pas l'inverse, et surtout pas en commençant par la taille habituelle.
- L'ampleur du bas d'abord. Une chemise de nuit qui remonte dans la nuit n'est presque jamais trop courte : elle est trop étroite aux hanches et à l'ourlet. Il faut que le vêtement puisse tourner autour des jambes quand vous changez de position, sinon ce sont les jambes qui tournent dedans et le tissu qui monte.
- La longueur ensuite. Au-dessus du genou pour dormir léger et se lever la nuit, au genou pour l'usage général, mi-mollet ou cheville pour l'hiver. Plus c'est long, plus il faut d'ampleur, et plus il faut une fente ou un godet. Sinon la pièce entrave la marche et s'entortille au lit.
- La matière selon la saison. Jersey de coton et popeline en demi-saison, voile ou batiste de coton, lin et viscose de bambou en été, modal toute l'année, flanelle en hiver. Les matières de nuit ne se valent pas par leur douceur mais par ce qu'elles font de l'humidité.
- L'encolure en dernier, parce qu'elle décide de l'allure plus que du confort. À une exception près : une encolure qui baille quand vous dormez sur le côté vous réveillera plus sûrement qu'une couture mal placée.
Et la distinction qui vous fera gagner du temps en magasin : une chemise de nuit est ample et faite pour dormir, une nuisette est courte et près du corps, un déshabillé se porte par-dessus et ne se porte pas seul. Les coupes dont je parle plus bas sont rassemblées dans la collection nuisettes et déshabillés.
Chemise de nuit, nuisette, déshabillé, pyjama, robe d'intérieur
C'est la confusion la plus répandue du vocabulaire de la nuit, et elle coûte des retours. Ces cinq pièces ne se portent pas au même moment et ne se choisissent pas dans la même taille.
| La pièce | Ce que c'est | Longueur habituelle | Ampleur | Se porte | Ce qui la trahit au premier regard |
|---|---|---|---|---|---|
| Chemise de nuit | Une robe de nuit, ample, pensée pour une nuit entière de mouvement | Du haut de la cuisse à la cheville, selon le modèle | Large : le corps ne touche le tissu qu'aux épaules et à la poitrine | Seule, pour dormir ; parfois sous un gilet au petit matin | Rien ne serre entre les épaules et l'ourlet, et le bas est plus large que les hanches |
| Nuisette | Une pièce courte et fluide, souvent coupée dans le biais, avec autant d'intention esthétique que de confort | Du haut de la cuisse au genou, rarement plus | Ajustée ou semi-ajustée, suit la hanche | Seule, pour dormir ou pour le soir | Bretelles fines, tissu brillant ou fluide, longueur courte, dos travaillé |
| Déshabillé | Une pièce de dessus, longue et légère, portée par-dessus une nuisette ou une chemise de nuit | Genou à cheville | Ouverte devant, jamais fermée | Par-dessus, jamais seul : il n'est pas conçu pour couvrir | Il s'ouvre entièrement et il est transparent ou semi-transparent |
| Pyjama | Deux pièces : un haut et un bas, donc une ceinture | Variable | Variable, du près du corps au très ample | Pour dormir, et de plus en plus pour la maison | Il y a un élastique ou un cordon à la taille |
| Robe d'intérieur | Un vêtement de maison, plus couvrant et plus structuré, qui se porte par-dessus la tenue de nuit ou à la place | Genou à cheville | Ample, souvent ceinturée | Au lever, au coucher, à la maison ; jamais pour dormir | Épaisseur, ceinture, poches, et un tissu qui tient tout seul |
Les mots glissent d'une maison à l'autre, et trois confusions reviennent sans arrêt.
Le déshabillé et la robe d'intérieur ne sont pas la même chose. Le premier est un voile d'intention, le second un vêtement de service. Un déshabillé en mousseline ne vous tiendra pas chaud en allant chercher le courrier, et une robe d'intérieur en éponge ne se porte pas au lit sous une couette. On les confond parce que les deux se mettent par-dessus. Tout le reste les sépare.
La liquette est une chemise de nuit déguisée en chemise d'homme. Boutonnée devant, col chemisier, pans arrondis, longueur haut de cuisse, parfois une fente latérale. C'est une coupe, pas une catégorie à part, et elle se choisit comme une chemise de nuit : plus ample que votre taille de chemise habituelle.
La nuisette n'est pas une petite chemise de nuit. La différence n'est pas une affaire de centimètres mais de patron. Une nuisette est coupée pour suivre le corps, une chemise de nuit pour s'en détacher. Si vous achetez une chemise de nuit en espérant le tombé d'une nuisette, vous serez déçue, et inversement. Pour les matières fluides et brillantes de la nuisette — soie, satin, momme, armures — l'article sur la nuisette en soie ou en satin traite le sujet en détail, et je n'y reviens pas ici.
Pourquoi cette pièce revient, et pourquoi maintenant
Il y a des pièces qu'on croyait rangées
De toutes les pièces de nuit, c'est celle qu'on me demande le plus. Pas la nuisette : la chemise de nuit, celle qu'on croyait remisée dans la malle du grenier, entre les draps brodés et les photos aux coins jaunis. Longue, blanche, boutonnée jusqu'au cou, elle appartenait à un monde qu'on regardait avec tendresse et un peu de distance — celui des trousseaux comptés par douzaines, des armoires qui sentaient la lavande, des femmes qui brodaient leurs initiales sur de la toile de coton avant de se marier.
Il serait facile d'en sourire. Ce serait aussi passer à côté de l'essentiel, parce que ces femmes avaient raison sur presque tout. Elles dormaient dans une pièce ample, taillée large, qui ne serrait nulle part, dans une fibre qui encaisse l'humidité, lavable à l'eau, réparable, transmissible. Nous avons mis soixante ans à redécouvrir ce qu'elles savaient, en passant par le nylon, le tee-shirt élimé et le pyjama à élastique.
Dans ce que me disent les clientes, il y a presque toujours une grand-mère. Une pièce retrouvée dans une armoire, un coton devenu si souple qu'il ne ressemble plus à du coton neuf, un chiffre brodé au fil blanc dans un angle. Elles arrivent avec ce souvenir et une question très prosaïque : où est-ce qu'on trouve encore ça. Et celles qui en reviennent n'en bougent plus. Elles rachètent la même pièce dans une autre couleur, et c'est tout ce qu'elles me demandent pendant des années.
Ce que l'histoire de la pièce raconte
Pendant des siècles, il n'y avait pas de vêtement de nuit du tout : il y avait la chemise, cette pièce de toile portée à même la peau sous les vêtements du jour, et qu'on gardait pour dormir. Le mot l'avoue encore. La chemise de nuit comme vêtement distinct, coupé pour le lit et pour rien d'autre, est une invention relativement récente, liée à l'élévation du niveau de vie et à la multiplication du linge personnel : il faut avoir assez de pièces pour en réserver une à la nuit.
Au dix-neuvième siècle, elle devient une institution. Toile de coton ou de lin, longue jusqu'aux chevilles, manches longues, encolure montante, souvent un empiècement brodé, un feston, un jour échelle, et le chiffre de sa propriétaire. Le trousseau en compte plusieurs, parce qu'une lessive se fait rarement et qu'une pièce de nuit se porte plusieurs nuits. Tout y est pensé pour durer : coutures rabattues, surépaisseurs aux points de tension, ourlets généreux qu'on peut reprendre, tissus assez solides pour finir en torchons. Les pièces de cette époque qui nous arrivent aujourd'hui tiennent encore. C'est un argument que je trouve plus convaincant que n'importe quel discours sur la mode.
Les années vingt et trente la bousculent. Le biais entre dans la lingerie, le satin de soie coule sur les corps, les longueurs raccourcissent, et une autre pièce naît à côté : la nuisette. Les années cinquante et soixante achèvent le mouvement avec l'arrivée du tricot synthétique, du nylon et des dentelles rigides, puis avec la mode de la pièce très courte à empiècement froncé, popularisée par le cinéma. La chemise de nuit longue, elle, reste — mais elle devient la pièce des femmes plus âgées, et c'est là qu'elle se fige dans l'imaginaire.
Les années soixante-dix à deux mille la relèguent franchement. Le pyjama s'impose, puis le tee-shirt trop grand, puis le vieux sweat-shirt. Dormir devient une activité pour laquelle on ne s'habille plus. Le marché suit : les rayons de nuit se remplissent de pyjamas imprimés et de nuisettes en satin de polyester, et la chemise de nuit se réduit à deux ou trois modèles rangés près des robes de chambre.
Les raisons concrètes du retour
Le retour, lui, s'explique sans nostalgie.
Il n'y a pas d'élastique. C'est la seule raison qui compte vraiment, et les autres viennent après. Un pyjama a une ceinture, donc un élastique ou un cordon, donc un point de pression à la taille pendant sept heures, exactement là où le corps change de volume en digérant, en respirant, en se retournant. Une chemise de nuit n'a rien entre les épaules et l'ourlet. Rien qui marque, rien qui remonte sur le ventre, rien à remettre en place au réveil. Je dors en chemise de nuit toute l'année — une liquette en voile de coton de mai à septembre, une pièce longue à godets en flanelle le reste du temps — et je n'y suis pas venue par goût du vieux linge. J'ai arrêté le pyjama à cause de la ceinture.
La maison est redevenue un lieu où l'on s'habille. Le travail à distance, les journées qui commencent et finissent chez soi, ont installé une catégorie entière de vêtements qui ne sont ni de nuit ni de ville. La chemise de nuit en a profité : c'est la seule pièce de nuit qui ressemble à une robe. Un pyjama reste un pyjama. Une chemise de nuit en voile de coton, avec un gilet et un café, est un vêtement de matin acceptable.
Les fibres cellulosiques et naturelles sont revenues dans la nuit. Pendant vingt ans, le rayon a été un territoire de polyester, parce qu'il imprime bien, se lave sans histoire et coûte peu à produire. Le réflexe s'est inversé : on retourne l'étiquette, on cherche du coton, du modal, du lin, de la viscose de bambou. Or la chemise de nuit est précisément la pièce qui tire le meilleur de ces matières, parce qu'elle est ample.
La robe fluide d'été a fait le travail de communication. La mode des robes amples à smocks, à manches ballon et à encolure froncée — dont la robe de sieste lancée par la maison américaine Hill House Home est l'exemple le plus commenté — a réhabilité une silhouette qui est, techniquement, celle d'une chemise de nuit du dix-neuvième siècle raccourcie. Une génération entière a appris à aimer cette forme en plein jour, et l'a retrouvée dans son tiroir de nuit.
Et puis il y a la seconde main, moins glorieuse et tout aussi réelle. Les chemises de nuit anciennes en coton et en lin brodés circulent abondamment en friperie et dans les ventes de greniers, souvent dans des états remarquables parce qu'elles ont été faites pour durer et peu portées. Elles sont devenues des robes d'été pour certaines, des pièces de nuit pour d'autres, et elles ont donné à la coupe une légitimité que le neuf n'aurait pas obtenue seul.
Les longueurs
La longueur est la décision la plus visible, et la plus sous-estimée. Elle ne change pas que l'allure. Elle change le comportement du vêtement pendant la nuit, et elle décide de l'ampleur qu'il faudra en bas.
| Longueur | Où elle tombe | Ce qu'elle donne au porter | La saison | Ce qu'il faut surveiller |
|---|---|---|---|---|
| Très courte | Haut de cuisse | Jambes entièrement libres, sensation de légèreté maximale, aucune gêne au retournement | Été, chambres chaudes, nuits moites | Remonte au-dessus des hanches si le bas n'est pas assez large ; peu couvrante au lever |
| Courte | Au-dessus du genou | Le meilleur compromis mouvement-couverture ; on peut se lever la nuit sans se changer | Toute l'année, surtout printemps et été | C'est la longueur où une ampleur insuffisante se voit le plus vite |
| Genou | Au genou ou juste dessous | Tombé le plus flatteur, allure de robe, le tissu a assez de longueur pour bouger de lui-même | Toute l'année | Peut tirer au genou dans les coupes droites quand on plie les jambes |
| Mi-mollet | Entre le genou et la cheville | Jambes couvertes, beaucoup de tissu qui bouge, sensation d'enveloppement | Automne et hiver, chambres fraîches | Demande une vraie ampleur ou une fente, sinon elle entrave la marche et s'entortille |
| Longue | Cheville, parfois au sol | La pièce la plus couvrante et la plus cérémonieuse ; très agréable immobile | Hiver, chambres froides, pièces de convalescence | S'enroule autour des jambes si la coupe est droite ; se marche dessus en se levant la nuit |
La longueur se mesure depuis l'épaule, pas depuis la taille. Les fiches produit sérieuses donnent une longueur dos, prise du haut de l'épaule à l'ourlet, et précisent sur quelle taille elle a été relevée. Deux chemises de nuit annoncées « longueur genou » peuvent différer de dix centimètres parce que l'une a été mesurée sur un 36 et l'autre sur un 42. Si la longueur compte pour vous, cherchez le chiffre en centimètres et comparez-le, mètre en main, à une robe que vous avez déjà et dont vous aimez la longueur.
Plus la pièce est longue, plus elle a besoin de largeur en bas. C'est de la géométrie, pas une question de goût. Un vêtement long sans évasement enferme les jambes dans un tube : une chemise de nuit mi-mollet coupée droite se transforme en fourreau dès qu'on remonte un genou. Si la pièce descend sous le genou, il lui faut soit un évasement franc, soit des fentes latérales d'au moins une quinzaine de centimètres.
Et on se lève la nuit. Personne ne l'écrit, et c'est pourtant ce qui tranche. Une pièce très courte vous obligera à enfiler quelque chose avant de sortir de la chambre, une pièce de cheville vous fera tâtonner du pied dans l'escalier. Si vous avez des enfants en bas âge ou un escalier entre votre chambre et la cuisine, prenez le genou et ne cherchez pas plus loin.
Les coupes
C'est le vrai sujet de cet article, et celui sur lequel les fiches produit sont les plus vagues. « Coupe fluide » ne veut rien dire.
| Coupe | Comment elle est construite | Ce qu'elle donne au porter | La saison | À qui elle convient particulièrement |
|---|---|---|---|---|
| Trapèze | Évasée en continu depuis l'emmanchure ou la poitrine jusqu'à l'ourlet, sans marquer la taille | La coupe la plus libre de toutes : rien ne touche le ventre, le bas tourne autour des jambes, aucune pression | Toute l'année, et la plus sûre en été | Celles qui ne supportent rien à la taille, les ventres sensibles, les nuits agitées |
| Droite | Coupe tombant d'aplomb, largeur quasi constante des épaules à l'ourlet | Allure nette et graphique, peu de volume, mais un tube si la largeur est insuffisante | Printemps et automne, en longueur courte ou genou | Les silhouettes longues, celles qui n'aiment pas le volume ; à éviter en version longue |
| Empire | Ampleur libérée juste sous la poitrine par une couture, un fronçage ou un smock | Le haut suit la poitrine, le bas est totalement libre : le ventre ne touche rien du tout | Toute l'année, très appréciée en été et en grossesse | Poitrines généreuses, grossesse et allaitement, celles qui veulent du volume sans paraître noyées |
| Ajustée | Suit le corps, souvent avec de l'élasthanne ou une coupe dans le biais | La silhouette la plus habillée, mais la moins indulgente et la plus contraignante au lit | Hors été, pour des nuits calmes ou un usage de soirée | Celles qui dorment peu agitées et cherchent une pièce de nuit à l'allure de robe |
| Chemisier, ou liquette | Boutonnée devant, col chemisier, pans parfois arrondis, fente latérale | Ouverture totale devant, très pratique ; allure nonchalante assumée | Printemps, été, et mi-saison en flanelle | Celles qui ont chaud et veulent pouvoir ouvrir le haut ; l'allaitement ; le passage au salon |
| À empiècement froncé | Un empiècement droit aux épaules, duquel part toute l'ampleur en fronces | Beaucoup de tissu dès le haut, très aéré, aucune ligne de corps | Été, nuits chaudes | Celles qui veulent le maximum d'air et acceptent le volume |
| À godets | Des panneaux évasés assemblés, souvent quatre ou six, qui donnent de l'ampleur en bas sans volume en haut | Le bas s'ouvre franchement pendant que le haut reste net : c'est la solution élégante pour une pièce longue | Automne, hiver, en longueur mi-mollet ou cheville | Celles qui veulent une pièce longue qui ne s'entortille pas |
| À bretelles | Pas de manches ni d'emmanchures, le poids repose sur deux bretelles réglables | La plus légère et la plus fraîche ; dépend entièrement du réglage des bretelles | Été | Les épaules étroites quand les bretelles sont réglables ; à éviter si les bretelles glissent |
Ce que chaque coupe fait vraiment
Le trapèze est la coupe de référence, et ce n'est pas un hasard. Il n'a qu'un seul point d'appui, les épaules, et toute sa géométrie consiste à s'éloigner du corps à mesure qu'il descend. Il n'existe donc aucun endroit où il puisse serrer, ni aucun endroit où il puisse se bloquer. Si vous ne savez pas quoi choisir, prenez un trapèze en longueur genou. Vous ne vous tromperez pas.
La coupe droite est un piège quand elle est longue. Elle est magnifique sur un cintre et en photo, parce qu'elle a des lignes. Au lit, un tube d'un mètre vingt sans évasement ni fente devient un sac de couchage : chaque mouvement de jambe tire le tissu, qui remonte et s'enroule. En longueur courte, le même patron est irréprochable. Elle se juge donc avec sa longueur, jamais seule.
La coupe empire règle un problème que les autres ne règlent pas. Quand la poitrine est généreuse, une chemise de nuit assez large pour la poitrine est démesurée partout ailleurs, et une pièce à la bonne largeur de hanches comprime le buste. La couture sous poitrine sépare les deux problèmes : le haut est ajusté à la poitrine, le bas est libre et indépendant. C'est aussi la coupe reine de la grossesse et des mois d'allaitement, surtout avec un boutonnage ou des bretelles qui s'abaissent.
La coupe ajustée demande d'être honnête avec soi-même. Elle est belle. Elle est aussi la seule coupe de chemise de nuit qui vous rappelle sa présence pendant la nuit, parce que tout vêtement qui suit le corps doit glisser sur la peau quand le corps tourne — et un tissu de nuit qui glisse mal remonte. Je la déconseille franchement à qui se retourne la nuit, et je le dis même quand la pièce plaît : elle sera portée trois fois. Elle peut très bien être pour vos soirées.
La liquette est la coupe la plus sous-estimée du rayon. Boutonnée devant, elle s'ouvre entièrement : on l'enfile sans passer la tête, on ouvre le haut quand on a chaud, on la ferme quand on a froid, on l'utilise pour allaiter. En voile de coton l'été, en flanelle légère l'hiver, elle fait presque tout. Son défaut est réel : les boutons. Un bouton mal placé au milieu du dos d'une pièce longue peut marquer si vous dormez sur le dos, et une patte de boutonnage trop raide gêne sur le côté. Regardez la position du bouton le plus bas et la souplesse de la patte avant de décider.
Les godets sont la réponse technique à la pièce longue. Un godet est un panneau coupé plus large en bas qu'en haut : assemblés, quatre à six panneaux donnent un ourlet très large sans un gramme de volume aux hanches. C'est exactement ce qu'il faut pour une chemise de nuit de cheville : du tissu là où les jambes bougent, rien là où le corps est serré sous une couette. Cette construction se voit sur la pièce — des coutures verticales régulières, pas des fronces — et elle signale presque toujours un patronage soigné.
Les bretelles sont une coupe à part entière, pas un détail. Une chemise de nuit à bretelles n'a pas d'emmanchure : tout le poids du vêtement est suspendu à deux rubans. D'où deux exigences non négociables : des bretelles réglables, et des bretelles cousues sur une surépaisseur et non piquées à même un tissu fin. Une bretelle fine piquée dans un voile de coton léger se déchirera au point de montage avant que le tissu ne s'use ailleurs.
Les détails de construction qui changent tout
Les fiches produit ne détaillent presque jamais ces lignes-là. Ce sont elles qui séparent une pièce gardée dix ans d'une pièce rangée au fond du tiroir après trois nuits.
- Les fentes latérales. Indispensables dès que la pièce descend sous le genou dans une coupe droite. Une fente de quinze à vingt centimètres rend une chemise de nuit mi-mollet entièrement vivable. Vérifiez qu'elle est arrêtée par un point de renfort en haut, sinon elle se déchirera vers le haut.
- Les coutures d'épaule. Sur une chemise de nuit, elles supportent tout le poids du vêtement. Une couture d'épaule surjetée simplement sur un tissu fin finira par s'ouvrir. Une couture rabattue, ou surpiquée, tient.
- Les emmanchures. Une emmanchure trop basse, dite tombante, est très confortable debout et très gênante couchée sur le côté : elle fait un bourrelet de tissu sous l'aisselle. Une emmanchure américaine, dégagée jusqu'au cou, règle le problème mais découvre l'épaule. Une emmanchure classique bien remontée reste le meilleur choix pour dormir.
- La position des coutures de côté. Si vous dormez sur le côté, une couture de côté épaisse passe sous votre hanche pendant des heures. Les belles pièces ont des coutures de côté fines, couchées, parfois anglaises. Les pièces en jersey les ont parfois supprimées entièrement par un tricotage circulaire, et c'est un vrai luxe de confort.
- L'ourlet. Large et piqué pour un tissu, étroit et roulé pour un voile, souple pour un jersey. Un ourlet trop lourd sur un tissu léger fait pendre le bas et crée un balancier désagréable ; un ourlet thermocollé sur un coton se décolle au troisième lavage.
- Les étiquettes. La plus petite cause d'insomnie du vêtement de nuit. Une étiquette cartonnée piquée dans la couture de nuque gratte toute la nuit à la base du crâne. Les maisons attentives impriment la composition directement sur le tissu, ou renvoient l'étiquette dans une couture de côté. Sinon, coupez-la au ras de la couture le premier soir : c'est le premier geste que je fais sur une pièce de nuit neuve, avant même de la laver.
- La dentelle, quand il y en a. Cousue, pas collée, et choisie souple. Une dentelle rigide montée sur une encolure de chemise de nuit est la cause la plus fréquente d'abandon d'une pièce par ailleurs parfaite : elle gratte le cou à chaque mouvement de tête.
Les encolures
L'encolure décide de l'allure, et d'une seule chose côté confort : ce qui se passe quand vous dormez sur le côté. Cette seule chose suffit à faire abandonner une pièce.
- L'encolure ronde. La plus neutre, la plus sûre. Surveillez sa profondeur, rien d'autre : très remontée, elle serre la gorge quand on rentre la tête dans les épaules ; très ouverte, elle baille et laisse passer l'air sur la poitrine.
- L'encolure en V. Elle allonge le buste et dégage le cou. Elle a un défaut spécifique : dans un tissu non extensible, un V profond s'ouvre franchement quand on dort sur le côté. Un V est plus confortable en jersey, où il garde sa forme, qu'en popeline, où il bâille.
- L'encolure carrée. Celle qui revient le plus fort, et celle que je conseille en premier quand on hésite : elle tient sur la poitrine, dégage la clavicule, ne glisse pas d'un côté. Elle est particulièrement stable sur les poitrines généreuses.
- L'encolure bateau. Elle couvre les épaules et n'offre aucun décolleté. En pièce de nuit, elle tourne, parce que rien ne la retient devant.
- Le col chemisier boutonné. Pratique au premier degré : on ouvre, on ferme, on règle sa température par le haut. C'est aussi la seule encolure qui permet de modifier le vêtement pendant la nuit sans le quitter.
- L'encolure à smocks ou élastiquée. Elle s'adapte à tous les tours de poitrine, peut se descendre sur les épaules, se remonter au cou. Son risque est connu : l'élastique de smock vieillit mal au lavage chaud et finit détendu, et la pièce devient informe.
- L'encolure à bretelles réglables. La plus ajustable, et donc celle qui tolère le plus d'écarts de morphologie. La question n'est pas la forme, c'est la qualité du coulisseau : un coulisseau en plastique bon marché glisse, et c'est lui qui vous réveille.
- L'empiècement brodé. La signature historique de la pièce. Il a une fonction technique oubliée : il rigidifie le haut du vêtement, donc il stabilise l'encolure. Une broderie souple est un atout ; une broderie épaisse et raide à l'anglaise peut gratter. Passez-la sur l'intérieur du poignet avant de décider.
Et l'allaitement change tout le cahier des charges de l'encolure, ce que personne n'écrit. Trois options fonctionnent, pas une quatrième : le boutonnage devant, les bretelles qui s'abaissent, le fronçage élastique qui se tire vers le bas. Une encolure ronde fixe en tissu non extensible, aussi belle soit-elle, ne sert à rien pendant ces mois. C'est une demande qui revient souvent, et l'une des plus faciles à régler.
Les manches
| Type de manche | Ce qu'elle donne | La saison | Son défaut propre |
|---|---|---|---|
| Sans manches, à bretelles | Épaules et bras entièrement libres, maximum d'air | Été | Les épaules se découvrent quand la couette descend |
| Manche très courte, dite tapette | Couvre le haut de l'épaule, laisse le bras libre | Été, demi-saison | Peut créer un pli sous l'aisselle en position latérale |
| Manche courte | La plus équilibrée : l'épaule est couverte, le bras respire | Toute l'année | Aucun notable, à condition que l'emmanchure soit bien placée |
| Manche ballon ou à volant | Volume décoratif, pièce qui a de l'allure au lever | Printemps, été | Le volume s'écrase et marque en dormant sur le côté |
| Manche trois-quarts | Couvre l'avant-bras sans arriver au poignet | Automne, printemps | Remonte et se coince au coude en se retournant |
| Manche longue à poignet libre | Couvre tout le bras, laisse le poignet respirer | Hiver | Remonte jusqu'au coude pendant la nuit |
| Manche longue à poignet élastiqué ou boutonné | Reste en place toute la nuit, bloque l'air froid | Hiver, chambres froides | Le poignet serré est un point de pression pour certaines ; proscrire les élastiques fins |
La manche courte est la réponse à la plupart des nuits. Elle couvre l'épaule, que la couette découvre la première, et elle laisse libre le bras, qui chauffe le plus vite. Si vous ne devez posséder qu'une seule chemise de nuit, prenez-la à manches courtes.
Les manches longues ne tiennent que si le poignet est tenu. Une manche longue qui finit en bord simple remonte jusqu'au coude dans la nuit, s'y enroule, et vous laisse l'avant-bras nu dans une pièce que vous aviez choisie pour sa chaleur. C'est l'un des rares endroits où un élastique est utile, à condition qu'il soit large, souple et monté sans tension.
Les matières, saison par saison
Un mot avant le tableau : je ne vous promettrai aucun effet sur votre corps. Une matière de nuit ne fait rien à votre peau et rien à votre sommeil, et une boutique qui l'affirme sort de son métier. Ce qu'une matière fait se décrit très bien, et suffit largement pour choisir : elle prend ou ne prend pas l'humidité, elle laisse ou ne laisse pas passer l'air, elle paraît fraîche ou tiède au contact, elle se lave bien ou mal.
| Matière | Toucher | Respirabilité | Comportement thermique | Entretien | Saison |
|---|---|---|---|---|---|
| Jersey de coton | Doux, souple, un peu moelleux, s'assouplit aux lavages | Bonne, meilleure si la maille est fine | Prend l'humidité et la garde un moment : agréable tiède, lourd s'il est trempé | Machine, très tolérant ; rétrécit un peu au premier lavage | Toute l'année, surtout demi-saison |
| Popeline de coton | Lisse, frais, un peu sec, net sous les doigts | Très bonne | Frais au contact, ne tient pas chaud | Machine ; se froisse franchement et se repasse bien | Printemps, été |
| Voile et batiste de coton | Très léger, souple, légèrement transparent | Excellente, c'est la plus aérée des cotonnades | Très frais, ne garde aucune chaleur | Machine en filet ; fragile aux accrocs | Été, nuits chaudes |
| Double gaze de coton | Gaufré, aérien, sec, vivant | Excellente, grâce aux deux couches d'air | Frais en été, étonnamment agréable en demi-saison | Machine ; se froisse beaucoup, et c'est son charme | Été, printemps |
| Flanelle de coton | Duveteux, chaud, enveloppant | Moyenne : le grattage crée une couche d'air isolante | La plus chaude des cotonnades ; garde la chaleur et prend l'humidité | Machine ; bouloche aux frottements, perd son duvet avec le temps | Hiver |
| Modal | Très lisse, fluide, nettement plus doux qu'un coton de même maille | Bonne, avec une capacité de reprise d'humidité supérieure à celle du coton | Frais au contact, suit vite la température du corps, ne garde pas de film humide | Machine à froid ; craint la chaleur du sèche-linge | Toute l'année, et excellent en été |
| Micromodal | Encore plus fin et plus glissant, presque soyeux | Bonne | Comme le modal, en plus léger | Machine à froid, filet conseillé | Été, toute l'année |
| Viscose | Fluide, frais, un peu lourd en tombé | Bonne | Frais, ne tient pas chaud | Perd beaucoup de résistance mouillée : lavage froid, séchage à plat, jamais de torsion | Printemps, été |
| Viscose de bambou | Très lisse, froid au contact, tombé liquide | Bonne | Nettement frais au contact, c'est sa qualité première | Comme la viscose, et plus encore : délicat mouillé | Été |
| Lyocell | Lisse et sec à la fois, un peu plus de corps que la viscose | Bonne | Frais, stable, prend l'humidité sans paraître mouillé | Machine à froid ; plus solide mouillé que la viscose | Toute l'année |
| Lin | Sec, un peu rêche au début, s'assouplit considérablement avec les lavages | La meilleure de toutes, structurellement | Frais au contact et à l'usage ; laisse passer l'air même immobile | Machine ; se froisse énormément et c'est accepté ; devient meilleur avec le temps | Été, et demi-saison en lin lourd |
| Mélange lin et viscose | Souple dès le départ, moins froissé qu'un lin pur | Très bonne | Frais, avec le tombé que le lin pur n'a pas | Machine à froid | Été |
| Soie et satin de soie | Sec, vivant, lustré ; voir l'article dédié | Bonne, avec une forte reprise d'humidité | Frais au contact, suit les variations de la nuit | Exigeant : lavage main ou cycle soie | Été et hiver ; traité à part |
| Satin de polyester | Lisse, glacé, parfaitement régulier | L'air passe, mais la fibre ne prend pas l'humidité | Isole sans échanger ; d'où la sensation moite vers le milieu de nuit | Machine, sèche vite, très tolérant | Pièces portées peu souvent, voyages |
Les deux dernières lignes sont brèves exprès. La soie, le satin et le polyester sont traités en profondeur dans l'article consacré à la nuisette en soie ou en satin, qui démonte le malentendu entre fibre et armure et détaille les grammages.
Ce que « coton » recouvre sur une étiquette
Une étiquette qui dit « 100 % coton » ne vous dit presque rien. C'est la source de confusion la plus répandue du rayon : l'étiquette décrit la fibre, et tout ce qui compte pour une chemise de nuit se joue dans la construction du tissu — un tricotage ou un tissage qu'elle n'est pas tenue d'indiquer.
| Ce que vous lisez ou entendez | Ce que c'est réellement | Ce que cela donne en chemise de nuit |
|---|---|---|
| 100 % coton, sans autre précision | Une fibre, et rien sur la façon dont elle est transformée | Impossible à juger. Cherchez la nature du tissu dans la description, ou touchez |
| Jersey de coton | Un tricot, donc extensible, souple, qui suit le corps | Confortable, moelleux, tolérant sur la taille ; alourdi par l'humidité |
| Interlock, côte 1x1 | Des tricots plus stables et plus denses que le jersey simple | Plus de tenue, moins de vrille à l'ourlet, un peu plus chaud |
| Popeline, percale | Des tissages toile serrés, donc non extensibles, lisses et frais | Net, frais, un peu sec ; demande plus d'ampleur qu'un jersey |
| Voile, batiste | Des tissages très fins et légers | Le plus aéré ; attention à la transparence et aux accrocs |
| Double gaze | Deux voiles de gaze liés par des points de tissage | Léger, gaufré, très aéré, froissé par nature |
| Flanelle, pilou | Un tissu ou un tricot dont la surface a été grattée | Chaud, duveteux ; bouloche et se dégarnit avec le temps |
| Coton peigné | Les fibres courtes ont été éliminées avant filage | Plus lisse, moins pelucheux, plus solide à l'usage |
| Coton mercerisé | Un traitement qui lustre et renforce le fil | Aspect satiné, couleurs plus profondes, main plus fraîche |
| Coton longues fibres, pima, Supima, égyptien | Des cotons dont la fibre est plus longue que la moyenne | Plus doux, moins pelucheux, meilleure tenue au lavage ; appellations à prendre comme des indications d'origine ou de longueur de fibre, pas comme des garanties |
| Coton biologique, certifié | Une certification de mode de culture et de chaîne de contrôle | Ne dit rien du confort ni de la finesse du tissu. C'est une information de production, pas de toucher |
| Coton et élasthanne | Un tricot rendu extensible | Suit le corps ; c'est l'élasthanne qui fixera la durée de vie de la pièce |
| Coton et polyester | Un mélange qui froisse moins et sèche plus vite | Perd une partie du bénéfice du coton sur l'humidité, en proportion du synthétique |
Pour une chemise de nuit, la question n'est donc pas « est-ce du coton » mais « quel coton ». Un voile et une flanelle sont tous deux du coton pur et n'ont aucun point commun à l'usage. Demandez la nature du tissu, pas seulement la fibre.
Le modal, et pourquoi tout le monde n'en parle pas
Le modal est la matière qui a le plus changé la nuit depuis vingt ans, et c'est celle dont les étiquettes parlent le moins.
C'est une fibre cellulosique artificielle : de la cellulose de bois, dissoute puis réextrudée en filaments. Ni une fibre naturelle au sens du coton, ni un synthétique au sens du polyester. « Modal » est une dénomination de fibre réservée par la réglementation européenne sur l'étiquetage des textiles, exactement comme « coton », « lin » ou « soie » : quand c'est écrit, c'est vrai, et ça doit être écrit quand c'est présent.
Ce qu'il apporte à une pièce de nuit est net. Il est plus lisse qu'un coton de même finesse, il tombe mieux, il reprend l'humidité au moins aussi bien que le coton, il ne garde pas de film humide contre la peau, et il se froisse peu. Il est aussi plus stable au lavage que la viscose classique, et nettement plus résistant qu'elle quand il est mouillé.
Ses limites sont réelles. Il n'aime pas la chaleur : un passage au sèche-linge rétrécit et durcit un beau modal plus sûrement qu'un lavage à l'eau trop chaude. Il bouloche aux zones de frottement sur les tricots les plus doux, parce que la douceur de surface vient de filaments très fins. Et un modal mince est souvent plus transparent qu'un coton de même grammage.
Une chose que je ne m'explique pas, et je préfère le dire : à grammage comparable, deux mailles de modal ne boulochent pas du tout au même rythme selon la maison qui les tricote. J'ai des pièces impeccables après trois hivers et d'autres ternies en une saison, sans que la composition ni le prix l'annoncent. C'est un argument pour acheter d'abord une seule pièce chez une maison que vous ne connaissez pas.
Qui le travaille ? La maille fine de nuit est l'affaire de quelques maisons dont c'est le métier depuis longtemps. Hanro, en Suisse, construit son identité sur le jersey de coton fin et sur les mailles de modal, et l'annonce dans le nom de ses lignes. Zimmerli, également suisse, est connue pour ses mailles de coton de grande finesse. Eberjey, aux États-Unis, a bâti sa notoriété sur un jersey de modal que ses clientes citent par le nom du modèle. Dans la nuit et le vêtement d'intérieur français, Laurence Tavernier est l'une des maisons installées dont la chemise de nuit, la liquette et la robe d'intérieur sont le cœur du métier plutôt qu'un rayon annexe. Et Petit Bateau, dont le jersey de coton est l'identité depuis plus d'un siècle, reste la référence française la plus évidente pour qui cherche une maille de coton simple et solide.
À l'inverse, en grande diffusion, une pièce peut contenir du modal sans que rien dans son titre ne l'indique. La fibre figure dans la composition, où la réglementation l'oblige, et nulle part ailleurs. Ce n'est pas une tromperie : c'est une hiérarchie d'arguments commerciaux, et le mot « doux » se vend mieux que le mot « modal ». Je ne nommerai aucune enseigne avec une composition précise, parce que les assortiments changent chaque saison et qu'une même enseigne vend du coton, du modal, de la viscose et du polyester selon les lignes. Retournez l'étiquette du modèle que vous tenez dans les mains. Elle vaut mieux que n'importe quel classement de marques.
Le bambou, et ce que la loi en dit
Vous verrez souvent « bambou » sur une fiche de chemise de nuit, avec une promesse d'écologie et de fraîcheur.
Commençons par le mot. Le bambou n'est pas une dénomination de fibre réservée en Europe. Dans l'immense majorité des cas, une étoffe « en bambou » est une viscose obtenue à partir de bambou, et la composition doit alors dire « viscose ». Une étiquette qui annonce « 100 % bambou » sans autre mention est au mieux approximative. Il existe bien un lin de bambou, obtenu mécaniquement, mais il est rare, rigide et pratiquement absent du vêtement de nuit.
Pour le reste, c'est une excellente matière d'été : froide au contact, très lisse, avec un tombé liquide que le coton n'a pas. Elle a aussi les faiblesses de la viscose. Elle perd beaucoup de sa résistance une fois mouillée, elle se déforme si on l'essore ou si on la suspend trempée, et elle rétrécit si l'eau est chaude. Lavez-la à froid, ne la tordez jamais, séchez-la à plat ou sur un cintre large une fois égouttée, et elle durera.
Le lin, matière de nuit la plus mal comprise
Le lin a une réputation de matière rêche et froissée qui lui vient de pièces de ville mal choisies. En chemise de nuit, c'est une autre histoire, pour une raison simple : la pièce est ample, donc le froissement ne se lit pas comme un défaut, et le contact avec la peau est intermittent.
Sa fibre est creuse et rigide. Le tissu qu'elle forme reste ouvert, ne colle pas à la peau et laisse passer l'air même quand on ne bouge pas ; il prend l'humidité et la relâche vite. Au toucher, il est sec et frais, jamais moite.
Reste à accepter les premières nuits. Un lin neuf est raide, il faut trois à cinq lavages pour qu'il devienne le tissu souple et vivant qu'on aime, et il s'améliore ensuite pendant des années. C'est l'une des rares matières dont la meilleure version est la plus vieille. Si vous n'avez jamais dormi en lin, commencez par un lin lavé, dit « stone washed », qui a déjà subi ce travail en usine.
Un repère de grammage, puisque les fiches en donnent parfois : un lin autour de cent à cent trente grammes par mètre carré est un lin de chemise de nuit d'été, fluide et un peu transparent. Au-delà de cent soixante, il devient une matière de robe d'intérieur, trop raide pour dormir dessous.
La taille et l'aisance : pourquoi on prend plus large
C'est la question qu'on me pose le plus, et celle que les guides de taille traitent le plus mal. Une chemise de nuit ne se choisit pas à sa taille habituelle : elle se choisit à sa taille habituelle plus de l'aisance. Combien d'aisance, cela dépend de la coupe.
Pourquoi plus ample
Les trois raisons sont mécaniques, et aucune n'est une affaire de goût.
Le corps change de volume pendant la nuit. Pas de prise de poids : on respire, on digère, on se gonfle et on se dégonfle au fil des heures. Un vêtement qui tombe juste à vingt-deux heures peut serrer à deux heures du matin. Un vêtement ample est indifférent à ces variations. Un vêtement juste les enregistre toutes.
Un vêtement de nuit doit glisser sur lui-même et sur les draps. Quand vous vous retournez, trois choses peuvent bouger : votre corps, votre vêtement, votre drap. Si le vêtement est ample, c'est lui qui bouge, et il revient en place. S'il est serré, il est solidaire du corps, c'est le drap qui frotte, et le tissu remonte au lieu de tourner. Toute l'aisance d'une chemise de nuit sert à cela : laisser le vêtement se désolidariser du corps.
Une matière ne respire que s'il y a de l'air. Un voile de coton, un lin, plaqués contre la peau, se comportent presque comme un synthétique. Choisir une belle matière trop juste annule la moitié de ce qu'elle a coûté, et c'est l'erreur que je vois le plus souvent chez une cliente qui avait justement choisi sa pièce pour sa composition.
Combien d'aisance, et où la mesurer
Prenez trois mesures, en sous-vêtements, le mètre bien horizontal, sans serrer : le tour de poitrine à l'endroit le plus fort, le tour de hanches à l'endroit le plus fort, et la longueur épaule-ourlet souhaitée, du haut de l'épaule jusqu'où vous voulez que la pièce tombe.
Comparez-les ensuite aux mesures du vêtement à plat, que les fiches sérieuses publient — largeur de poitrine, largeur à l'ourlet, longueur dos — et doublez les largeurs à plat pour obtenir des tours.
L'aisance à chercher dépend de la coupe, et le signe qu'elle manque change avec elle.
En trapèze, visez une dizaine de centimètres au tour de poitrine et un ourlet qui dépasse largement votre tour de hanches. Si l'ourlet mesure à peine plus que vos hanches, la pièce fera un tube, quoi qu'annonce l'étiquette de taille. Même dizaine de centimètres en coupe droite, avec au moins autant d'aisance aux hanches qu'à la poitrine, et davantage si la pièce est longue : si vous sentez le tissu sur vos hanches debout, il remontera couchée.
En empire, l'aisance sous la poitrine reste modérée — cinq à huit centimètres — parce que la couture doit rester en place ; le bas, lui, est libre et ne se mesure pas. Si la couture glisse vers le haut ou vers le bas quand vous levez les bras, elle est mal placée pour vous. En ajustée, deux à quatre centimètres, et seulement avec de l'élasthanne ou une coupe dans le biais. Le bas doit tout de même pouvoir s'ouvrir à la marche, sans quoi vous tirerez dessus en vous levant.
Trois coupes se vérifient autrement. La liquette se juge boutonnée, à la poitrine : si la patte tire et forme des étoiles entre les boutons, c'est trop juste, et il faut une fente latérale dès que la pièce est longue. L'empiècement froncé se juge à l'épaule — il doit tomber sans tirer, tout le reste étant libre par construction ; s'il baille ou glisse d'un côté, ce n'est pas votre taille. Et une pièce à bretelles ne se mesure pas, elle se règle : le signe qu'elle est trop petite, c'est que les bretelles sont déjà au maximum et que l'encolure tire encore.
Les cas particuliers de taille
Les poitrines généreuses. C'est le cas où monter d'une taille entière est presque toujours une erreur. On règle la poitrine, on ajoute un volume inutile aux hanches et à l'ourlet, et surtout on décale les coutures d'épaule et l'emmanchure vers l'extérieur du corps, ce qui fait glisser le vêtement toute la nuit. Prenez plutôt une coupe empire ou un empiècement froncé dans votre taille : la place est donnée là où il la faut, et nulle part ailleurs. Pour les choix de soutien-gorge qui vont avec ces morphologies, nous avons un article dédié, et la collection lingerie donne les mesures à plat pièce par pièce.
Entre deux tailles. Prenez la grande, sauf en coupe ajustée. Une chemise de nuit trop grande se porte ; une chemise de nuit trop petite ne se porte pas.
Les grandes tailles. Attention à la façon dont la gradation a été faite. Certaines maisons gradent une chemise de nuit en élargissant tout uniformément, y compris l'encolure et les emmanchures : la pièce est à la bonne largeur et l'encolure tombe de l'épaule. Si la fiche publie les largeurs d'encolure et d'emmanchure, regardez-les ; si elle ne les publie pas, préférez une encolure réglable ou froncée, qui pardonne.
La grossesse et les mois qui suivent. Coupe empire ou empiècement froncé, longueur genou, encolure qui s'ouvre, et une taille qui n'a pas besoin de changer à chaque mois. Une chemise de nuit bien choisie est la pièce de nuit la plus tolérante de cette période, précisément parce qu'elle n'a pas de ceinture.
La silhouette très fine ou très longue. Le risque inverse existe : une chemise de nuit choisie trop grande sur une silhouette longue et fine devient un drap. Descendre de taille ne règle rien, parce que c'est le haut qui flotte. Cherchez une coupe qui structure les épaules — empiècement net, bretelles réglables, couture empire — et qui laisse toute l'ampleur en bas.
Ce qui gêne pendant la nuit, et pourquoi
Les sept plaintes que j'entends le plus. Chacune a une cause mécanique, et presque chacune une solution qui tient dans le choix de la pièce.
| Ce qui se passe | La cause réelle | Ce qui l'évite |
|---|---|---|
| Ça remonte au-dessus des hanches | L'ourlet est trop étroit : le vêtement est solidaire du corps et monte au lieu de tourner | Une coupe trapèze ou à godets, un ourlet nettement plus large que le tour de hanches, une fente si la pièce est longue et droite |
| Ça s'entortille autour des jambes | Trop de longueur pour trop peu d'ampleur, ou un tissu qui glisse mal sur lui-même | Raccourcir, ou passer à des godets ; en long, préférer une matière fluide — modal, viscose, lin lavé — à une cotonnade sèche |
| Ça colle à la peau au milieu de la nuit | Une fibre qui ne prend pas l'humidité — polyester, ou mélange fortement synthétique — ou une pièce trop juste qui plaque la matière | Coton, modal, lyocell, lin ; et de l'aisance, sans quoi même une bonne matière plaque |
| Ça tient trop chaud | Une matière isolante — flanelle, maille épaisse — ou une literie qui ne laisse rien passer | Descendre en grammage avant de changer de fibre ; et regarder la housse de couette, qui compte autant que la chemise de nuit |
| Les bretelles tombent | Bretelles non réglables, ou réglées trop long, ou coulisseau qui glisse ; parfois des épaules étroites ou tombantes | Bretelles réglables à coulisseau métallique, ou passer à une emmanchure classique à manche courte |
| L'encolure baille quand je dors sur le côté | Une encolure profonde dans un tissu non extensible, ou une encolure trop large pour vos épaules | Encolure carrée ou ronde peu profonde ; en V, choisir un jersey plutôt qu'une popeline |
| Une couture ou un bouton marque | Une couture de côté épaisse sous la hanche, ou un bouton bas dans le dos | Coutures fines ou pièce sans couture de côté ; vérifier la position du dernier bouton sur une liquette |
Le détail des deux plus fréquentes
Pourquoi ça remonte. La plainte numéro un, et presque toujours mal diagnostiquée : on croit la pièce trop courte, on en rachète une plus longue, et le problème empire. Quand vous vous retournez dans un lit, votre bassin pivote. Si l'ourlet est large, le tissu reste en place et le corps tourne dedans. S'il est juste, le tissu est pincé entre vos hanches et le drap, il ne peut pas tourner, et la seule issue qui lui reste est de monter. Allonger la pièce sans l'élargir ajoute du tissu à bloquer. Il faut élargir.
Le test, debout, en magasin : prenez l'ourlet à deux mains et écartez. S'il s'ouvre bien au-delà de votre tour de hanches, la pièce tiendra la nuit. S'il est tendu dès que vous écartez les mains, elle remontera. Trois secondes, et une déception de moins.
Pourquoi ça s'entortille. L'entortillement est le même phénomène, appliqué à une pièce longue. Deux facteurs s'ajoutent. Le premier est le rapport longueur-ampleur : plus la pièce descend, plus il faut de largeur, et la progression n'est pas linéaire. Le second est le coefficient de frottement du tissu sur lui-même. Un jersey de coton épais accroche le jersey de coton épais ; une viscose, un modal, un lin lavé glissent. C'est pourquoi une chemise de nuit longue en maille de coton s'enroule plus volontiers qu'une chemise de nuit longue en modal, à ampleur égale.
Ce qui ne dépend pas de la chemise de nuit
La pièce ne travaille jamais seule. Entre vous et l'air de la chambre, il y a elle, puis le drap, puis la couette, puis sa housse.
Commencez par les draps. Un jersey de coton accroche tout ; une percale ou un lin laissent glisser. Si votre chemise de nuit s'enroule et que vous dormez dans des draps en jersey, l'ennemi n'est pas forcément le vêtement. Pour le reste, une housse en microfibre de polyester sur une couette en garnissage synthétique épais annule la meilleure pièce en voile de coton du monde, tandis qu'une literie en coton, en percale ou en lin pardonne beaucoup.
Même logique pour le sous-vêtement : certaines femmes dorment avec une culotte, d'autres non, certaines avec un soutien-gorge de nuit sans armatures. Chaque couche ajoutée réduit la circulation de l'air et ajoute un point de pression possible. Ce n'est pas une recommandation, c'est un paramètre à connaître quand on cherche pourquoi une nuit s'est mal passée.
L'entretien, matière par matière
Une chemise de nuit se porte deux à trois nuits avant lavage dans un usage ordinaire, moins si vous avez transpiré, davantage si la pièce est aérée entre deux nuits — la suspendre à l'air quelques heures au lieu de la plier directement change beaucoup de choses.
| Matière | Lavage | Essorage et séchage | Repassage | Ce qui l'abîme |
|---|---|---|---|---|
| Jersey de coton | Machine à trente degrés, lessive ordinaire | Essorage modéré ; séchage sur cintre large ou à plat ; sèche-linge toléré mais rétrécissant | Peu nécessaire ; fer moyen sur l'envers | L'eau chaude répétée, qui rétrécit et durcit ; le sèche-linge chaud |
| Popeline, percale, voile de coton | Machine à trente ou quarante degrés | Essorage modéré ; séchage sur cintre, le tissu se détend bien | Fer chaud, légèrement humide : c'est là que ces tissus sont beaux | Les accrocs sur les voiles fins ; la javel sur les couleurs |
| Double gaze | Machine à trente degrés, filet conseillé | Séchage sur cintre ; ne pas tendre | Aucun : le gaufrage est son caractère, le fer l'écrase | Le fer, l'assouplissant qui écrase le relief |
| Flanelle | Machine à trente degrés, filet pour limiter les frottements | Séchage à l'air ; le sèche-linge accélère le boulochage | Inutile | Les frottements, qui boulochent ; l'assouplissant, qui colle le duvet |
| Modal, micromodal | Machine à trente degrés maximum, cycle délicat, filet | Essorage faible ; séchage à plat ou sur cintre large, jamais au sèche-linge | Fer doux sur l'envers si nécessaire | La chaleur, qui rétrécit et durcit ; les frottements, qui boulochent |
| Viscose, viscose de bambou | Machine à froid, cycle délicat, filet, ou lavage à la main | Ne jamais tordre ; presser dans une serviette ; séchage à plat | Fer doux sur l'envers, tissu légèrement humide | L'essorage fort, qui déforme ; l'eau chaude, qui rétrécit ; la suspension trempée |
| Lyocell | Machine à trente degrés, cycle délicat | Essorage faible ; séchage sur cintre | Fer doux | La chaleur excessive ; le boulochage sur les mailles très douces |
| Lin | Machine à trente ou quarante degrés ; il aime l'eau | Essorage modéré ; séchage sur cintre, le poids du tissu défroisse une partie des plis | Fer chaud avec vapeur si vous voulez du lisse ; sinon rien, et c'est très bien | Rien de grand-chose. Le lin est la matière de nuit la plus solide |
| Coton et élasthanne | Machine à trente degrés | Séchage à l'air impérativement | Fer doux, éviter les zones élastiquées | La chaleur, qui tue l'élasthanne et détend la pièce |
Cinq gestes qui valent plus que le tableau
Lavez à l'envers. Toutes matières. Les frottements du tambour s'exercent sur la face extérieure : la retourner protège l'endroit, les broderies et les boutons. Deux secondes, et la pièce reste belle un an de plus.
Fermez les boutons avant lavage sur une liquette. Une patte de boutonnage ouverte s'enroule, tire, et les boutonnières se déforment.
Renoncez à l'assouplissant. Il dépose un film qui réduit la capacité d'un coton à prendre l'eau, il écrase le relief d'une double gaze et il colle le duvet d'une flanelle. Si vous cherchez de la souplesse sur un coton dur, un demi-verre de vinaigre blanc dans le bac de rinçage fait le travail sans le film.
Anticipez le rétrécissement du coton. Une chemise de nuit en coton pur non prélavé perd quelques pour cent au premier lavage, essentiellement en longueur. Les maisons sérieuses prélavent leurs cotons et l'indiquent. Si rien n'est indiqué et que la longueur est critique, lavez à froid la première fois et séchez sur cintre sans tirer.
Rangez propre, et rangez plié. Une transpiration laissée en place dans un tiroir laisse des auréoles qui ressortent au printemps, sur un coton clair comme sur une soie. Et une chemise de nuit suspendue des mois à un cintre étroit s'allonge aux épaules sous son propre poids, surtout en maille. Pliez à plat, dans un tiroir fermé, à l'abri de la lumière.
Du lit au salon
Après la taille, c'est la question qu'on me pose le plus : jusqu'où une chemise de nuit peut-elle sortir de la chambre ?
Ce qui rend une pièce portable au salon
Quatre critères, tous vérifiables chez vous en deux minutes.
L'opacité. C'est le premier et le seul critère éliminatoire. Un voile de coton clair et un modal fin sont transparents à contre-jour, et une fenêtre de salon est exactement un contre-jour. Testez chez vous : enfilez la pièce, placez-vous entre la fenêtre et un miroir. Si la silhouette se dessine, la pièce reste dans la chambre, ou se porte avec quelque chose dessous.
La longueur. Au-dessus du genou, une chemise de nuit lit comme un vêtement de nuit. Au genou ou en dessous, elle lit comme une robe. C'est un basculement visuel, pas une règle de pudeur : le cerveau classe la pièce selon sa longueur avant de regarder sa coupe.
L'encolure et les bretelles. Une encolure carrée, un col chemisier, un empiècement boutonné appartiennent au vocabulaire du jour. Des bretelles fines et un décolleté plongeant appartiennent à celui de la nuit, et aucun gilet ne les rattrapera complètement.
La matière, et son brillant. C'est le point le plus discriminant et le moins conscient. Un coton, un lin, une double gaze sont des matières de jour : mates, texturées, lisibles comme des vêtements. Un satin brillant est immédiatement identifié comme une pièce de nuit, même dans une coupe sage. Si vous cherchez une chemise de nuit qui passe au salon, cherchez d'abord une matière mate.
Comment la porter sans qu'elle ait l'air d'un oubli
- Un gilet long ou un cardigan en maille par-dessus, qui change la silhouette et ajoute un vêtement de jour au regard.
- Une ceinture, sur une chemise de nuit trapèze longue, qui en fait immédiatement une robe. Pas pour dormir, évidemment.
- Des chaussettes montantes, ou des chaussons fermés, qui ferment la silhouette par le bas. Un pied nu sous une pièce longue dit « lit » ; une chaussette dit « maison ».
- Un jean ou un pantalon fluide dessous, pour les liquettes et les pièces courtes. C'est exactement ce que fait la mode avec les robes-chemises depuis des années.
- Un caraco ou un fond de robe dessous, qui règle d'un coup la transparence et le glissement. Le caraco, du reste, a fait seul le trajet de la lingerie vers le vêtement de ville — c'est aujourd'hui un haut qu'on porte sous une veste, et plus un dessous.
La limite honnête
Une chemise de nuit reste une chemise de nuit. Elle est coupée pour être couchée : les emmanchures sont souvent basses, les coutures peu structurées, l'ampleur calculée pour le mouvement horizontal et non pour la verticalité. Elle fonctionne à la maison, au petit matin, dans un jardin, chez des proches. Elle ne fonctionne pas au bureau, et l'affirmer serait vous faire perdre votre temps.
Deux pièces de ce rayon tiennent mieux le passage : la liquette, qui est techniquement une chemise, et la pièce longue en lin ou en double gaze dans une coupe trapèze, qui est techniquement une robe d'été. Les deux ont en commun d'avoir été dessinées avec le jour en tête.
La frontière se trace différemment sur un deux-pièces : un pyjama passe au salon par son haut, une chemise de nuit par sa longueur. C'est pour cette raison qu'une chemise de nuit mi-mollet circule dans un appartement là où une courte reste dans la chambre.
Choisir selon votre nuit
Si je ramène tout ce qui précède aux situations qui arrivent vraiment, voici ce que je dirais de vive voix.
Vous avez chaud et vous vous réveillez moite : trapèze ou empiècement froncé, court ou au genou, en voile de coton, en lin ou en modal, le plus d'ourlet possible, manches courtes ou pas de manches. Vous avez froid aux épaules et aux pieds : mi-mollet ou cheville, flanelle ou maille épaisse, des godets plutôt qu'une coupe droite, des manches longues à poignet tenu, une encolure ronde peu ouverte.
Vous vous retournez beaucoup : modal, lyocell ou lin lavé, un ourlet très large, pas de couture de côté épaisse. Vous ne supportez rien à la taille : trapèze ou empire, et le reste au choix.
Et deux cas qu'on ne voit pas venir avant d'y être.
Le voyage. Un trapèze court en modal, ou en mélange lin et viscose. Ce sont les deux matières qui se roulent au fond d'un sac et en ressortent portables ; une popeline de coton en ressort réclamant un fer, et un voile pur, chiffonné.
La chambre très sèche, en hiver. Chauffage poussé, air sec, pièce de nuit synthétique : le tissu colle aux draps, crépite quand vous le retirez et vous électrise contre la poignée de porte. C'est le seul cas où je regarde la composition avant la coupe. Coton, lin ou modal, et rien de synthétique.
Questions que l'on nous pose
Quelle longueur choisir si je ne sais pas ? Le genou. C'est la longueur qui couvre le plus de situations : assez courte pour se lever la nuit, assez longue pour un café au matin, assez de tissu pour bouger. Prenez-la en coupe trapèze, et vous aurez la pièce la plus polyvalente du rayon.
Faut-il vraiment prendre une taille au-dessus ? Pas une taille au-dessus systématiquement : de l'aisance. Les deux ne sont pas la même chose. Une coupe trapèze dans votre taille a déjà beaucoup d'aisance par construction, et monter d'une taille ne ferait qu'élargir l'encolure et faire tomber les épaules. Une coupe droite ou ajustée dans votre taille n'en a presque pas, et là, il faut monter. Regardez les mesures à plat plutôt que l'étiquette de taille.
Ma chemise de nuit remonte toutes les nuits, que faire ? Mesurez son ourlet à plat, doublez-le, et comparez-le à votre tour de hanches. S'il est inférieur, ou à peine supérieur, c'est l'explication, et aucune longueur supplémentaire ne la corrigera. Changez pour une coupe trapèze ou à godets, ou ajoutez des fentes latérales si la pièce vaut la couture.
Coton ou modal, pour toute l'année ? Modal, si vous ne devez en choisir qu'une. Il est plus lisse, il s'entortille moins, il se froisse moins, il prend l'humidité au moins aussi bien, et il tombe mieux. Le coton reprend l'avantage sur deux points : il supporte des lavages plus chauds, et il coûte moins cher à produire, donc il permet des pièces simples et solides. Beaucoup de femmes finissent avec les deux, et c'est la réponse honnête.
Et la flanelle, est-ce qu'elle gratte ? Une flanelle de coton bien faite ne gratte pas : elle est grattée mécaniquement en surface, ce qui la rend duveteuse. Ce qui gratte, c'est une flanelle de mauvaise facture dont le duvet est irrégulier, ou une flanelle de laine, qui est un autre tissu. Son vrai défaut est le boulochage : au bout d'une saison, les zones de frottement se ternissent et le duvet s'en va.
Le lin, pour dormir, n'est-ce pas trop rêche ? Un lin neuf est raide. Un lin lavé une dizaine de fois est l'une des matières les plus agréables qui existent pour une pièce de nuit ample. Si vous voulez éviter la période d'adaptation, achetez un lin déjà lavé en usine, ou un mélange lin et viscose.
La viscose de bambou tient-elle ses promesses de fraîcheur ? La sensation de fraîcheur au contact, oui : c'est une matière froide sous la main et sur la peau, et c'est très agréable l'été. Les promesses écologiques demandent plus de prudence, parce que la transformation du bambou en viscose est un procédé chimique dont le caractère vertueux dépend entièrement du site de production. Je n'irai pas plus loin : je n'ai pas les moyens de le vérifier étoffe par étoffe, et je préfère le dire que l'habiller.
Peut-on dormir en chemise de nuit l'hiver sans avoir froid aux jambes ? Oui, à trois conditions : une longueur mi-mollet au moins, une matière qui tient l'air comme la flanelle ou une maille épaisse, et une coupe à godets qui donne de l'ampleur sans vous enfermer. Beaucoup de femmes ajoutent des chaussettes, et c'est plus efficace qu'une longueur supplémentaire.
Faut-il porter quelque chose dessous ? C'est une préférence, pas une règle. Les deux arguments qui reviennent : une culotte évite le contact direct du vêtement sur certaines zones et protège le vêtement, et l'absence de sous-vêtement laisse circuler l'air. Pour la transparence d'une pièce claire, un caraco ou un fond de robe règle la question sans rien ajouter de serré.
Comment choisir pour offrir ? Une coupe trapèze ou à empiècement froncé, en longueur genou, dans un jersey de coton ou un modal, avec une encolure réglable ou froncée. C'est la combinaison qui tolère le plus grand écart de taille et le plus grand écart de goût. Évitez le satin brillant, l'ajusté, et toute pièce dont le confort dépend d'un réglage précis.
Combien en faut-il ? Deux au minimum, pour qu'il y en ait une en rotation quand l'autre est au lavage. Trois est confortable. Quatre, si vous en voulez une d'été très légère, une de demi-saison, une d'hiver et une qui passe au salon. Au-delà, elles dorment dans le tiroir pendant que vous portez toujours la même : j'en ai trois, j'en porte deux, et la troisième attend les visites.
Une chemise de nuit se répare-t-elle ? Mieux que presque n'importe quelle pièce de lingerie, parce qu'elle est simple. Une couture d'épaule qui s'ouvre se repique. Un ourlet qui lâche se refait. Une bretelle arrachée se remonte sur une surépaisseur. Un trou dans un coton se raccommode ou se cache sous un empiècement. C'est l'une des raisons pour lesquelles les pièces anciennes nous arrivent en bon état : on les réparait, et elles s'y prêtaient.
Que faire d'une chemise de nuit ancienne trouvée en friperie ? Vérifiez trois choses avant d'acheter : les aisselles, où la sueur ancienne laisse des auréoles irréversibles sur le coton comme sur le lin ; les épaules, où le jaunissement par la lumière apparaît d'abord ; et les élastiques, s'il y en a, qui sont presque toujours morts et se remplacent. Pour le reste, un coton ou un lin ancien a souvent été tissé plus serré que son équivalent neuf, et il durera encore des années. Un lavage doux, un séchage à l'ombre, et vous saurez.
Pour finir
Ce n'est pas la nostalgie qui ramène la chemise de nuit, c'est l'absence d'élastique. Le retour des fibres naturelles, le vêtement d'intérieur, la mode des robes amples, la seconde main : tout cela vient après, et se discute. L'élastique, lui, se vérifie la première nuit.
L'ampleur du bas décide de tout. Une chemise de nuit remonte parce qu'elle est étroite, pas parce qu'elle est courte. Prenez l'ourlet à deux mains, écartez, et vous saurez avant d'acheter.
La coupe compte plus que la longueur, et la longueur plus que l'encolure. Trapèze pour la liberté, empire pour les poitrines généreuses et la grossesse, godets pour les pièces longues, liquette pour la polyvalence, droite seulement en version courte, ajustée seulement si vous dormez tranquille.
La question n'est pas « est-ce du coton » mais « quel coton » — et une belle matière choisie trop juste ne sert à rien, puisqu'un tissu respirant plaqué sur la peau se comporte comme un synthétique. Cherchez le nom du tissu, pas seulement celui de la fibre, et donnez-lui l'espace de travailler.
Les coupes dont je viens de parler sont rassemblées au rayon des nuisettes et déshabillés, avec la composition et les mesures à plat sur chaque fiche. Et si c'est la matière qui vous occupe plus que la coupe, l'article consacré aux propriétés et à l'entretien de la soie en lingerie prend le sujet par l'autre bout.
Une dernière chose, qui vaut pour toutes les pièces de nuit. Jugez-la sur quatre nuits, jamais sur un essayage. La première dit la température, la deuxième dit si elle remonte, la troisième dit comment elle a supporté le lavage, et la quatrième dit l'essentiel : y pensez-vous encore ? Une chemise de nuit dont on ne sent pas la présence est la bonne. Celle qu'on rajuste trois fois par nuit ne le deviendra pas avec le temps.
- matieres
- guide
- nuit
- confort
À lire ensuite
Choisis pour leur proximité de sujet, pas pour leur date.







