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Comment bien choisir ses bas et collants ? Le guide complet

Le rayon collants est le plus frustrant du grand magasin : des paquets identiques, des noms mystérieux, des chiffres incompréhensibles. Voici de quoi le lire enfin.

Par Pauline

Fondatrice d'Estella Lingerie · 5 octobre 2026 · 43 min

Comment bien choisir ses bas et collants ? Le guide complet

Le rayon le plus frustrant du grand magasin

Le rayon collants est le rayon le plus frustrant de tout le grand magasin. Des dizaines de paquets rigoureusement identiques, posés sur des crochets à hauteur de hanche, avec pour seule différence un chiffre, un adjectif et une nuance de beige dont le nom ne ressemble à aucune couleur connue. « Gazelle ». « Chair ». « Daim ». « Poudre ». « Visone ». Vous tenez deux pochettes dans la main, l'une annonce 20D semi-opaque, l'autre 20D voile, et rien sur l'emballage ne vous dit laquelle sera la plus discrète sur votre jambe.

Alors voici l'essentiel, tout de suite.

Le chiffre suivi d'un D — 15D, 40D, 70D — n'est pas un indice d'opacité : c'est la finesse du fil, mesurée en deniers. Il donne une idée de la transparence. Une idée, pas davantage. Pour l'été et les jambes nues habillées, visez 8D à 20D. Pour la demi-saison et le bureau, 20D à 40D. Pour l'hiver et les tenues sombres, 40D à 70D. Au-delà de 80D, vous êtes dans le registre du collant chaud, mat, presque textile.

Les familles se choisissent par le haut, pas par le bas : le collant monte à la taille et tient tout seul, le bas s'arrête à mi-cuisse et demande un porte-jarretelles, l'auto-fixant tient par une bande siliconée, le mi-bas s'arrête sous le genou et ne se porte qu'avec un pantalon.

Côté matière, un bon collant est en polyamide avec une proportion d'élasthanne : sans élasthanne, pas de retour élastique, donc des genoux qui poussent et une taille qui glisse. La taille se lit sur la grille taille-poids au dos du paquet, mais cette grille ignore votre hauteur d'entrejambe : si vous êtes grande, montez d'une taille même si le poids vous place en dessous.

Et pour qu'une paire dure, trois gestes suffisent : enfilez-la en rouleau en vous asseyant, lavez-la à la main ou en filet, faites tourner plusieurs paires au lieu d'épuiser la même.

Si l'emballage ne vous apprend rien, c'est que la bonneterie décrit son produit avec le vocabulaire de son métier — un métier de filature et de tricotage — et pas avec le vôtre. Le denier mesure un fil. L'opacité se voit sur une jambe. Entre les deux, il y a tout un art du tricot que le paquet ne mentionne jamais : la jauge de la machine, le nombre de filaments dans le fil, la tension du tricotage, le taux d'élasthanne, la façon de teindre. Deux collants annoncés au même denier peuvent avoir deux ans d'écart de durée de vie et deux niveaux de transparence différents.

Ce vocabulaire s'apprend en une lecture.

Le denier : ce que ce chiffre mesure réellement

C'est la question qui revient le plus souvent, et de très loin : un 40D, est-ce deux fois plus opaque qu'un 20D ? Non. Le denier mesure une masse linéique : combien pèse une longueur donnée de fil, et rien d'autre. Par définition, un fil de 1 denier pèse un gramme pour neuf mille mètres. Un fil de 15 deniers pèse donc quinze grammes pour ces mêmes neuf mille mètres. Un fil de 70 deniers en pèse soixante-dix.

C'est tout. Le denier ne dit rien de la couleur, rien de la texture, rien de l'opacité, rien de la résistance. Il dit la grosseur du fil avec lequel ce vêtement a été tricoté.

L'unité est héritée de la soie, où elle servait à classer les fils dévidés du cocon, et elle a survécu au passage aux fibres synthétiques parce que toute l'industrie la connaissait. Le système métrique a bien proposé un remplaçant — le tex, et son sous-multiple le décitex (dtex), qui mesure la masse en grammes de dix mille mètres de fil. Un décitex vaut 0,9 denier. Les filateurs comptent en dtex, les emballages continuent d'afficher des deniers, et personne n'a jamais réussi à faire basculer le rayon. Si vous croisez un collant annoncé en dtex, divisez par 1,11 pour retomber sur des deniers familiers.

La distinction n'a rien d'académique. Elle a trois conséquences que vous voyez sur votre jambe.

Le tricotage d'abord. Un fil fin tricoté serré donne plus d'opacité qu'un fil plus gros tricoté lâche, et la jauge de la machine — le nombre d'aiguilles par unité de longueur — change tout. Un 30D tricoté sur une jauge fine peut couvrir davantage qu'un 40D tricoté large. Voilà pourquoi vos deux pochettes de 20D ne se ressemblent pas une fois enfilées.

Les filaments ensuite. Un fil de 20 deniers peut être un monofilament — un seul brin de 20 deniers — ou un multifilament de dix brins de 2 deniers. Même masse linéique, rendu sans rapport : le multifilament, plus souple, diffuse la lumière, paraît plus mat, plus doux au toucher, plus agréable à porter. Le monofilament est plus brillant, plus nerveux, plus sujet au reflet. Les collants dits microfibre reposent précisément sur cette logique : beaucoup de filaments très fins pour un denier donné.

La couleur enfin, et c'est celle qu'on oublie. Un collant noir paraîtra toujours plus couvrant qu'un collant chair du même denier, parce que le contraste avec la peau est plus faible une fois le noir posé. Un 20D noir se porte sans difficulté au bureau ; un 20D chair montrera tout ce que votre jambe montre.

Le denier est un repère de départ. Il vous dit dans quel registre vous êtes, et aucun chiffre sur un emballage ne fera le reste à votre place.

Les niveaux d'opacité du tableau ci-dessous sont donnés pour une teinte chair ou neutre ; en noir, décalez d'un cran vers le plus couvrant.

DeniersOpacité approximativeSaisonUsage typique
5D à 8DUltra-transparent, quasi invisiblePlein été, soirée d'étéMariages, soirées habillées, jambe nue mais « finie »
10D à 15DTrès transparent, voilePrintemps, été, automne douxRobes claires, tenues de cérémonie, bureau d'été
20DTransparent avec un léger voile unifiantTrois saisonsLe denier le plus polyvalent, bureau, ville
30DSemi-transparent, la jambe se devineMi-saisonBureau, jupes mi-longues, premiers froids
40DSemi-opaque, la jambe se lit à peineAutomne, hiver douxJupes et robes de jour, tenues sombres
50D à 60DOpaque mat, aucune transparenceHiverRobes en maille, bottes, journées froides
70D à 80DOpaque dense, aspect textileHiverGrands froids urbains, tenues structurées
100D et plusFranchement textile, proche du leggingHiver rigoureuxExtérieur prolongé, superposition

En dessous de 10D, la fragilité augmente vite. Un 7D est magnifique et ne pardonne rien : une bague mal tournée, un ongle qui accroche, et la paire est finie. Il se réserve aux occasions, et on en garde une seconde dans le sac. Au-delà de 100D, le collant cesse d'être un bas et devient un vêtement à part entière — il se porte comme un legging, avec les contraintes de coupe que cela implique, et il demande une taille juste, sinon il plisse aux chevilles et aux genoux.

Pourquoi un 20D d'une maison couvre plus qu'un 20D d'une autre, à jauge annoncée comparable, je ne sais pas toujours le dire. Il y a dans la teinture et dans la finition une part de savoir-faire que les fiches techniques ne décrivent pas.

Les familles : collant, bas, mi-bas, auto-fixant

Toutes ces pièces habillent la même jambe. Elles diffèrent par ce qui se passe en haut, et c'est ce haut qui décide du maintien, du confort, de la discrétion et de la tenue avec laquelle on peut les porter.

Le collant

Une seule pièce, deux jambes, un corps qui monte jusqu'à la taille. Il tient par la ceinture élastique et par la tension répartie sur l'ensemble de la jambe. Rien ne glisse, rien ne se voit, rien ne demande d'accessoire : c'est la pièce du quotidien.

Sa faiblesse est structurelle. Tout est solidaire, et une maille filée au genou gauche condamne la paire entière. L'entrejambe, zone de frottement permanent, s'use plus vite que le reste ; les bonnes maisons compensent avec un gousset, cet empiècement losange rapporté à l'entrejambe, souvent en coton, qui absorbe les frottements et laisse respirer. Un collant sans gousset n'est pas forcément mauvais. Il s'usera là en premier, et il sera moins confortable en été.

Ce que je regarde sur un collant avant de l'acheter : le gousset, la largeur et la souplesse de la ceinture, la finition de la pointe, et la manière dont la jambe est tricotée en continu sans ligne de couture visible.

Le bas

Deux pièces indépendantes, chacune s'arrêtant à mi-cuisse, maintenues par un porte-jarretelles ou une guêpière. C'est la plus ancienne des quatre familles : le collant ne s'est imposé qu'au vingtième siècle, avec l'arrivée des fils élastiques et la montée des ourlets.

Deux atouts réels. L'indépendance, d'abord — une maille filée coûte un bas, pas deux. La respirabilité ensuite, puisque rien ne couvre le haut des cuisses ni le bassin, ce qui le rend nettement plus supportable qu'un collant en juillet.

Son coût est l'accessoire. Il faut un porte-jarretelles, il faut l'ajuster, il faut composer avec les attaches sous une robe près du corps. Les bas se portent donc par goût de la pièce, ou pour une tenue construite autour d'eux, et dans les deux cas cela se décide avant de s'habiller, pas en partant.

Les finitions hautes varient : bord-côte simple, bande satinée, bande de dentelle large, et le fameux bas couture avec sa ligne arrière et son talon marqué. Les porte-jarretelles et les guêpières, eux, se choisissent d'abord sur la fermeté du maintien, puis sur l'esthétique.

L'auto-fixant

Un bas qui se passe de porte-jarretelles. La bande supérieure, large de cinq à huit centimètres, est doublée de silicone — en bandes, en points ou en motif continu — qui adhère à la peau et retient la pièce en place.

C'est la famille la plus commode et la plus capricieuse. Commode, parce qu'elle offre la liberté du bas sans l'accessoire. Capricieuse, parce que l'adhérence dépend de trois choses sur lesquelles on a peu de prise : la taille réelle de votre tour de cuisse, l'état de votre peau, la propreté du silicone.

  • La peau doit être propre et sèche, sans crème ni huile. Une jambe hydratée le matin ne tient pas un auto-fixant posé dessus dans la demi-heure. Hydratez la veille, ou bien le matin et attendez l'absorption complète.
  • La bande se positionne haut, mais pas au point de buter sur le pli de l'aine, où le mouvement la décollera à chaque pas.
  • Le silicone se lave. C'est la cause la plus fréquente des auto-fixants « qui ne tiennent plus » : la bande est encrassée de résidus de crème et de cellules mortes. Un passage à la main avec un peu de savon doux, bande retournée, et l'adhérence revient souvent comme au premier jour.
  • La taille se prend au tour de cuisse, pas au poids. C'est la seule famille où la grille taille-poids est franchement insuffisante : une bande trop grande glisse, une bande trop petite marque et finit par rouler.

Un avis, puisqu'on me le demande toujours : pour une journée debout ou de marche, je conseille le bas et son porte-jarretelles plutôt que l'auto-fixant. L'auto-fixant est fait pour une soirée, une cérémonie, une journée assise.

Le mi-bas, et la chaussette

Le mi-bas s'arrête sous le genou, retenu au mollet par un bord-côte élastique. Il ne se porte qu'avec un pantalon ou une jupe longue — sous une jupe courte, il se voit, et ce n'est pas l'effet recherché.

C'est la pièce que je recommande le plus souvent et qu'on achète le moins. Sous un pantalon de ville, un mi-bas en 40D donne exactement le même rendu qu'un collant, sans la gêne à la taille ni l'usure à l'entrejambe. En laine ou en coton, c'est la pièce d'hiver la plus confortable qui existe. Et comme il n'y a pas de jambe haute, la paire dure plus longtemps à usage égal.

Son seul piège est le bord-côte : trop serré, il marque le mollet ; trop lâche, il tombe sur la cheville avant midi. Un bon mi-bas a un bord-côte large et souple, qui tient sans mordre.

La chaussette, elle, s'arrête à la cheville ou juste au-dessus, et relève plus de la bonneterie courante que du bas. On la croise en version fine — la socquette voile, portée dans un escarpin ou une mule — et en version fantaisie, où elle est devenue une pièce de style à part entière. En maille fine comme en maille épaisse, les repères ne changent pas : une proportion d'élasthanne pour le retour élastique, un bord-côte qui tient sans serrer, une pointe renforcée si on la porte beaucoup.

CollantBasAuto-fixantMi-bas
MaintienExcellent, rien ne bougeExcellent, mais dépend du porte-jarretellesVariable, dépend de la peau et de la tailleBon, dépend du bord-côte
ConfortBon, excellent avec gousset ; compression légère à la tailleTrès bon, rien sur le bassinTrès bon si bien dimensionné ; la bande peut marquerLe meilleur, aucune contrainte haute
DiscrétionTotale, aucune ligneLes attaches peuvent se deviner sous une matière fluideBonne ; la bande se devine sous un tissu très moulantTotale sous un pantalon, nulle sous une jupe courte
SaisonToutesPrintemps à automne, et hiver sous une jupe longueToutes, surtout printemps et étéAutomne et hiver
Tenue servieJupes, robes, pantalons, toutRobes et jupes construites autour de la pièceJupes, robes, tenues d'été habilléesPantalons, jupes longues, tailleurs
Durée de vie à usage égalLa plus courte : une maille condamne l'ensembleLongue : les pièces sont indépendantesMoyenne : la bande silicone s'use et s'encrasseLa plus longue : peu de surface exposée

Les matières : ce dont c'est fait, et ce que ça change

Le polyamide, et la microfibre

C'est la fibre de base de presque tous les bas et collants modernes, souvent désignée par un nom commercial — le plus connu étant le nylon. Elle se file extrêmement fin, elle résiste à l'abrasion mieux que la plupart des fibres à finesse comparable, elle sèche vite.

Sa limite est la respirabilité. Le polyamide ne gère pas l'humidité comme une fibre naturelle : il la transporte peu et ne l'absorbe pas. D'où la sensation d'étouffement d'un collant fin porté toute une journée d'août, et d'où l'intérêt du gousset coton à l'entrejambe.

Dans les gammes supérieures, on parle parfois de polyamide 6.6 par opposition au 6 : deux variantes de la fibre, la première généralement présentée comme plus résistante et plus stable dimensionnellement. L'information figure rarement sur l'emballage courant. Quand elle y est, c'est le signe d'une maison qui sait ce qu'elle vend.

La microfibre n'est pas une fibre, c'est une finesse. On en parle quand les filaments sont très fins — bien en dessous du denier par filament — et qu'ils sont nombreux dans le fil ; le matériau reste du polyamide, parfois du polyester. Sur la jambe, le changement est net : le toucher devient velouté, l'aspect plus mat, la couleur plus profonde et plus uniforme. Un collant microfibre de 40D couvre plus et paraît plus habillé qu'un 40D classique. En échange, la respirabilité est encore moindre et le séchage un peu plus lent.

Plusieurs maisons travaillent aujourd'hui des fils de polyamide recyclé, issus de déchets industriels ou de filets de pêche récupérés. Techniquement, le fil recyclé se comporte comme un fil vierge de même finesse ; la différence se joue dans la régularité du fil et la qualité du tri en amont. C'est un axe de différenciation revendiqué par des marques spécialisées, dont la suédoise Swedish Stockings, qui a construit son positionnement sur l'usage de polyamide recyclé.

L'élasthanne, qui fait tout le reste

L'élasthanne est la fibre élastique, et c'est le nom générique de la famille : Lycra est une marque déposée d'élasthanne, Spandex le terme employé en Amérique du Nord pour la même chose. Voir « Lycra » sur un emballage signifie donc de l'élasthanne, d'une origine identifiée. Ce n'est pas une matière différente.

Son rôle est le retour élastique. Une fibre textile ordinaire s'allonge et reste allongée ; l'élasthanne s'allonge et revient. Sans elle, un collant pousse aux genoux dès la deuxième heure assise, glisse à la taille, godaille aux chevilles et ne retrouve jamais sa forme. Avec elle, la pièce épouse la jambe, revient après chaque mouvement, et se remet en place au lavage.

Les proportions courantes vont de quelques pour cent à une vingtaine pour cent selon le produit. Plus la proportion est forte, plus la pièce gaine, mieux elle tient, et plus elle supporte des porters répétés ; en contrepartie, elle serre davantage et se montre moins tolérante sur le choix de la taille. C'est le compromis central de la bonneterie, et celui sur lequel les maisons se distinguent le plus discrètement. Nous avons consacré un article entier à cette fibre et à ce qu'elle fait aux pièces qui la contiennent : pourquoi l'élasthanne change tout.

Un point d'entretien découle directement de la chimie : l'élasthanne n'aime ni la chaleur, ni le chlore, ni les assouplissants. Le sèche-linge la cuit, l'eau de Javel la détruit, l'assouplissant dépose un film qui réduit son retour élastique. Ces trois interdits expliquent à eux seuls la moitié des collants morts prématurément.

La laine et le coton

La laine entre dans les bas et collants d'hiver, le plus souvent mélangée à du polyamide et à de l'élasthanne, car une laine pure ne tiendrait ni la forme ni l'abrasion dans cet usage. Le mérinos est la laine la plus employée pour cela : ses fibres sont fines, donc non piquantes, et elle gère l'humidité comme aucune synthétique ne le fait — elle absorbe la vapeur d'eau tout en continuant d'isoler. Un mi-bas ou un collant en mélange laine se porte par temps froid avec un confort incomparable, et demande en échange un entretien plus soigné : lavage à froid, programme laine ou lavage à la main, séchage à plat, aucun frottement énergique qui ferait feutrer la fibre.

Le coton apparaît à trois endroits : le gousset d'un collant, les mi-bas de jour, les collants d'enfant. Doux, absorbant, respirant — et parfaitement inadapté à une maille très fine, parce qu'il ne se file pas assez fin et n'a aucun retour élastique propre. Un collant « coton » est donc toujours un mélange, et la proportion de coton y détermine le confort comme la robustesse. En mi-bas et en chaussette, c'est une excellente matière de tous les jours. En collant fin, il n'a pas sa place.

La soie, et les fibres de cellulose

La soie est l'ancêtre du bas moderne. Avant le polyamide, les bas fins étaient en soie, et c'est de la soie que le denier tire son nom. Elle a gardé des qualités que rien n'a remplacées : une finesse naturelle, une brillance particulière, un toucher que personne ne confond, une bonne gestion de la température.

Ses limites sont sérieuses pour cet usage : une résistance à l'abrasion médiocre, aucune élasticité propre, une sensibilité à la transpiration et à la lumière. Un bas de soie est une pièce d'exception, portée rarement, entretenue avec attention. On la trouve aujourd'hui surtout dans des bas et des mi-bas haut de gamme, souvent en mélange. Pour tout ce qui concerne cette fibre, sa fabrication et son entretien, nous détaillons ailleurs les propriétés de la soie et la manière de la laver.

Viscose, modal et lyocell sont des fibres artificielles issues de la cellulose, et elles apparaissent dans les mi-bas et les collants de mi-saison. Elles apportent de la douceur, un tombé fluide, une bonne absorption de l'humidité. Elles sont en revanche fragiles à l'état humide et se déforment plus facilement que le polyamide : en mélange minoritaire, elles améliorent le confort ; en proportion dominante, elles raccourcissent la vie de la pièce.

MatièreToucherRésistance à l'abrasionRespirabilitéEntretien
PolyamideLisse, un peu nerveuxBonne pour sa finesseFaibleFacile ; lavage tiède, séchage rapide
Polyamide microfibreVelouté, matBonneFaibleFacile ; séchage un peu plus lent
Élasthanne (en mélange)Souple, légèrement caoutchouteuxMoyenneFaibleNi chaleur, ni chlore, ni assouplissant
Laine mérinos (mélange)Chaud, doux, non piquantMoyenneExcellenteProgramme laine, à plat, sans frotter
Coton (mélange)Doux, matBonne en maille épaisseTrès bonneFacile ; peut rétrécir à chaud
SoieFluide, frais, brillantFaibleBonneLavage à la main, à l'abri de la lumière
Viscose, modalTrès doux, fluideFaible, surtout mouilléeBonneDélicat ; se déforme facilement

Les finitions : le vocabulaire du paquet, décodé

Les mots qui décrivent l'aspect

Voile, en dessous de 20D : l'effet de brume légère qui unifie la jambe sans la masquer. Un collant voile ne cache rien, il lisse la perception. Semi-opaque, entre 30D et 40D : la jambe se devine sans se lire, et c'est le registre le plus difficile à choisir sur photo. Opaque, à partir de 50D environ : le collant se comporte comme un vêtement de couleur unie.

Satiné. Un reflet discret, obtenu par le choix du fil et du tricotage. Il allonge visuellement la jambe et habille une tenue de soirée. En plein jour et sous un éclairage dur, il se remarque.

Mat. L'absence délibérée de reflet. Plus sobre, plus urbain, plus facile à porter en journée. Un noir mat est la valeur la plus sûre du tiroir.

Brillant. Un pas au-delà du satiné, assumé, très visible. Il relève de la tenue de scène ou de la soirée franchement habillée. Pas du bureau.

Fantaisie. Tout ce qui porte un motif : pois, résille, fausse couture, chevrons, dentelle, points ajourés, effets de jambières. La règle de port est simple et constante : plus le collant parle, plus le reste de la tenue se tait.

Résille. Un tricot à mailles larges et ouvertes, qu'on trouve en grosse maille très graphique ou en micro-résille presque discrète. La micro-résille est la version portable au quotidien : vue à un mètre, elle ressemble à un collant texturé ordinaire.

La couture arrière, les renforts, la ceinture

La couture arrière est cette ligne verticale qui remonte à l'arrière de la jambe, du talon vers le haut. Elle n'était pas décorative à l'origine : avant les machines circulaires, les bas étaient tricotés à plat puis assemblés, et la couture était la trace de cet assemblage. Les machines circulaires ont supprimé la nécessité, la couture est restée comme un parti pris esthétique.

Deux choses se cachent sous le même mot. Le bas couture véritable, dit aussi « fully fashioned », est encore tricoté à plat et cousu : la couture est une vraie couture, le bas est souvent sans élasthanne ou presque, et son rendu, son toucher, sa façon de tomber ne ressemblent à rien d'autre. En France, la maison Cervin s'est spécialisée dans ces bas de type ancien. La fausse couture, elle, est un motif tricoté directement dans une maille circulaire : l'effet visuel est là, le reste du bas est un bas moderne.

Porter une couture arrière demande une seule chose, et elle est exigeante : qu'elle soit droite. Une couture qui vrille autour du mollet se voit immédiatement et ruine l'effet. On la pose en s'asseyant, on la vérifie debout dans un miroir, et on la rectifie après chaque ajustement de la journée.

Quatre détails décident du reste.

La pointe renforcée est un tricotage plus dense sur les orteils, zone de frottement maximal dans la chaussure. Elle allonge sensiblement la vie d'une paire, et se devine dans une sandale ou un escarpin très ouvert — d'où les deux versions courantes, pointe renforcée pour les chaussures fermées, pointe invisible pour les ouvertes.

Le talon renforcé suit la même logique sur une autre zone de frottement. On le trouve surtout sur les bas et les mi-bas, parfois souligné d'un talon contrasté sur les modèles d'inspiration ancienne.

Le gousset, l'empiècement losange de l'entrejambe. En coton quand la maison fait bien les choses.

La ceinture. Large et plate, elle répartit la tension et ne roule pas. Étroite et ronde, elle marque et finit par descendre. C'est le détail le plus négligé à l'achat et le plus déterminant dans le confort réel d'une journée entière. Même remarque pour les coutures plates : à l'entrejambe comme à la ceinture, une couture plate ne se sent pas sous un vêtement près du corps. Une surépaisseur, si.

Les tailles, et pourquoi la grille au dos du paquet déroute tout le monde

Ce que mesure cette grille, et ce qu'elle ignore

Au dos de presque tous les paquets de collants figure un tableau à double entrée : la taille en ordonnée, et deux colonnes, hauteur et poids. On cherche la case où sa hauteur croise son poids, on lit la taille, on prend le paquet.

Le principe est raisonnable. Contrairement à un vêtement coupé dans un tissu, un collant travaille en extension : il n'a pas de tour de taille fixe, il a une plage d'étirement. La taille ne décrit donc pas des mesures, elle décrit une plage — et comme la masse du corps à répartir sur cette plage dépend de la hauteur autant que du poids, la grille croise les deux.

Les tailles s'écrivent de plusieurs façons selon les maisons et les pays : 1, 2, 3, 4 chez beaucoup de maisons françaises et italiennes ; S, M, L, XL chez d'autres ; parfois T1 à T4, parfois un système maison. Les correspondances ne sont pas réglementées, et le 3 d'une maison n'est pas le 3 d'une autre. Il n'existe aucune norme de taille de collant comparable à ce qu'on connaît pour la chaussure.

Voici une grille de type courant, dans la logique française à quatre tailles. Chaque maison publie la sienne, et c'est la sienne qu'il faut lire.

TailleHauteurPoids
1 (S)1,50 m à 1,60 m45 à 55 kg
2 (M)1,55 m à 1,70 m50 à 65 kg
3 (L)1,65 m à 1,80 m60 à 75 kg
4 (XL)1,70 m à 1,85 m70 à 85 kg
5 et au-delàselon la maisonau-delà de 85 kg

Ses défauts, maintenant, parce qu'ils sont quatre et qu'ils comptent.

Elle ignore la répartition. Deux femmes de la même hauteur et du même poids peuvent avoir trente centimètres d'écart au tour de hanches. La première portera très bien un 2, la seconde le trouvera serré au bassin et tirant à l'entrejambe. La grille ne pose aucune question sur la morphologie, alors que c'est là que se joue le confort.

Elle ignore la hauteur d'entrejambe. Deux femmes d'1,70 m ne mesurent pas la même longueur de jambe : l'une est longue de jambes et courte de buste, l'autre l'inverse. Or c'est la longueur de jambe qui détermine si le collant monte vraiment à la taille ou s'arrête au nombril.

Les plages se recouvrent largement. Regardez le tableau : à 1,68 m et 62 kg, vous êtes dans le 2 et dans le 3. La grille ne tranche pas, alors prenez la supérieure — un collant un peu grand plisse éventuellement aux chevilles, un collant trop petit file en trois jours.

Elle s'arrête tôt. Beaucoup de gammes s'arrêtent au 4, ce qui laisse de côté une large part des morphologies. Des maisons spécialisées étendent leurs gammes bien au-delà.

Comment choisir sa taille pour de bon

  1. Lisez la grille de la maison, pas une grille générique. Elle est au dos du paquet ou sur la fiche produit.
  2. Si vous êtes entre deux tailles, prenez la plus grande. Toujours. Une maille tendue à sa limite cède au premier accrochage.
  3. Si vous êtes grande, montez d'une taille même si votre poids vous place confortablement dans la taille inférieure. La longueur de jambe est le facteur que la grille ne mesure pas.

Pour un auto-fixant, ajoutez un quatrième temps : mesurez votre tour de cuisse, au plus large, à une quinzaine de centimètres sous le pli de l'aine. C'est cette mesure qui décide si la bande tiendra, et presque toutes les maisons sérieuses la publient.

Deux signaux disent qu'on s'est trompé. Un collant qui tire à l'entrejambe quand on est assise, qui descend dès qu'on marche, ou qui laisse une marque profonde à la taille au bout de deux heures : il est trop petit. Un collant qui plisse en accordéon aux chevilles et aux genoux, ou qui forme une poche au bassin : il est trop grand.

Le marché : ce que font les maisons spécialisées

Un rayon de grande distribution donne une image très incomplète de ce qui existe. La bonneterie est un métier technique, pratiqué depuis longtemps par des maisons dont certaines ne font quasiment que cela, et les écarts d'un acteur à l'autre portent sur des choses précises : l'étendue de la gamme de deniers, l'étendue de la gamme de tailles, le lieu de production, la finition.

Ce qui suit, nous l'écrivons parce que nous en sommes sûrs. Là où la certitude s'arrête, nous nous arrêtons aussi.

Les maisons de bonneterie fine à positionnement haut de gamme. La maison autrichienne Wolford, née à Bregenz, est la référence la plus souvent citée dans cette catégorie : elle produit des bas, des collants et des bodies, et son nom est associé depuis des décennies à la bonneterie fine. L'allemande Falke et la suisse Fogal appartiennent au même registre de maisons européennes historiques.

Les maisons françaises. Gerbe et Le Bourget sont deux noms français établis du bas et du collant, présents de longue date dans ce rayon. Dim, également français, occupe le terrain de la grande distribution avec des gammes larges et une distribution très étendue. Cervin, déjà citée, s'est spécialisée dans le bas de type ancien, tricoté à plat, et dans les finitions d'époque.

Les maisons italiennes. L'Italie est un pôle majeur de la bonneterie, et plusieurs maisons spécialisées y ont leur siège, parmi lesquelles Oroblu et Omero. L'enseigne Calzedonia, italienne également, a construit un réseau de boutiques dédiées aux bas, collants et maillots, ce qui lui permet de proposer des gammes de deniers et de coloris beaucoup plus larges qu'un simple linéaire de supermarché.

Les gammes de tailles étendues. C'est probablement l'évolution la plus utile des dernières années. La marque britannique Snag s'est fait connaître en construisant son offre autour d'une gamme de tailles bien plus étendue que l'usage, et en déclinant aussi ses collants par longueur de jambe plutôt que par le seul couple hauteur-poids. L'approche répond précisément au défaut structurel de la grille taille-poids.

La résistance comme argument technique. La marque canadienne Sheertex s'est positionnée sur la résistance à la déchirure, en revendiquant l'usage d'un fil de sa conception. C'est une revendication de la marque, et nous la présentons comme telle : nous n'avons pas de mesure indépendante à verser au débat.

Les matières recyclées. Swedish Stockings, déjà mentionnée, a fait du polyamide recyclé son axe de différenciation principal.

Une règle se dégage de ce panorama, sans entrer dans un comparatif que personne ne pourrait honnêtement tenir à jour : plus une maison est spécialisée, plus sa gamme de deniers est fine — on y trouve des 8D, des 12D, des 15D, des 30D, là où un linéaire généraliste propose un 20D et un 40D — et plus elle documente ses produits. Une fiche qui indique la composition exacte, la gamme de tailles avec les mesures correspondantes, la présence ou l'absence de gousset et le pays de fabrication vous en apprend davantage sur la qualité d'une paire que n'importe quel adjectif sur un emballage.

Pour les pièces qui accompagnent les bas — porte-jarretelles, guêpières, ensembles — notre rayon lingerie rassemble ce que nous avons sélectionné de notre côté.

Enfiler un collant sans le filer

C'est le moment où se perdent le plus de paires. Un collant ne se déchire presque jamais pendant la journée : il se déchire à l'enfilage, et presque toujours pour les mêmes raisons.

Avant de toucher le collant

Les ongles. Un ongle avec une amorce d'accroc, même minuscule, accroche la maille. Passez le pouce sur le bord libre de chaque ongle : si ça râpe, limez avant de toucher le collant. C'est la cause numéro un, loin devant les autres.

Les bagues. Retirez-les, toutes, y compris l'alliance plate. La griffe d'une bague de fiançailles est une faux dans un collant de 15D.

Les mains. Sèches, et si possible sans crème. Une main grasse glisse mal, on compense en tirant, et on tire précisément là où il ne faut pas.

Les pieds. Une corne de talon ou un ongle de pied mal coupé percent un collant fin par l'intérieur, et ce trou-là naît déjà au point de plus grande tension.

Un gant. Pour les deniers très fins, un gant de coton fin ou un gant de soie supprime tout risque d'accroc par la main. C'est le geste des maisons de bonneterie, et il fonctionne.

Le geste

Asseyez-vous. On n'enfile pas un collant debout en équilibre sur une jambe : on y arrive, mais on tire, et c'est le tirage qui tue.

Ensuite, le rouleau.

  1. Prenez le collant par la ceinture et enroulez chaque jambe sur elle-même jusqu'à la pointe, de haut en bas, comme on roule une chaussette. Vous obtenez deux petits rouleaux reliés par le corps du collant.
  2. Enfilez le premier rouleau sur les orteils, placez la pointe correctement — c'est maintenant qu'on la positionne, pas plus tard — et déroulez lentement le long du mollet jusqu'au genou.
  3. Faites la même chose avec l'autre jambe, jusqu'au genou également. Les deux jambes doivent progresser ensemble.
  4. Levez-vous et déroulez les deux côtés alternativement, par petits mouvements, de la cuisse vers la hanche. Dix centimètres à gauche, dix à droite.
  5. Remontez la ceinture en dernier, en la saisissant à pleines mains et non du bout des doigts. Vérifiez que l'entrejambe du collant arrive bien à l'entrejambe du corps, et pas à mi-cuisse : un collant mal remonté passera sa journée à descendre.

Deux choses à ne pas faire. Enfiler les deux jambes jusqu'en haut l'une après l'autre : le second côté arrive alors en tension maximale, et c'est là que la maille lâche. Et tirer d'un coup sec sur la ceinture pour « finir » — le polyamide prévient peu avant de céder.

Puis, devant un miroir : la pointe bien en place, sans surépaisseur sous les orteils, et s'il y a une couture arrière, une couture droite du talon à la cuisse.

Si vous portez une paire très fine pour une occasion, emportez une seconde paire. Toutes les femmes qui travaillent devant un public le font.

L'entretien : ce qui fait vraiment la différence

Un collant de bonne facture lavé n'importe comment dure moins longtemps qu'un collant ordinaire lavé correctement. L'entretien, c'est la moitié de la durée de vie.

Laver, essorer, sécher, ranger

À la main, c'est le mieux. Eau tiède, trente degrés au maximum, une noisette de lessive liquide douce ou de savon pour linge délicat. On plonge, on presse doucement la pièce entre les mains pendant une minute, on laisse tremper cinq minutes, on rince à l'eau claire. On ne frotte pas, on ne tord pas.

En machine, en filet. Si le lavage à la main n'est pas réaliste pour vous, utilisez un filet de lavage fermé, programme délicat ou laine, trente degrés, essorage au minimum ou nul. Le filet n'est pas un gadget : il empêche la pièce de s'enrouler autour des crochets de soutien-gorge, des fermetures éclair et du tambour. La grande majorité des mailles filées apparues « sans raison » sont nées dans une machine, sans filet.

Ce qu'il faut bannir. L'assouplissant, qui dépose un film sur l'élasthanne et réduit son retour élastique. L'eau de Javel et tout produit chloré, qui attaquent l'élasthanne de façon irréversible. Les lessives en poudre, dont les grains abrasent la maille fine. Et le lavage avec le reste du linge : une fermeture éclair ou un crochet suffit.

La fréquence : après chaque porter. Pour la mécanique, pas pour l'odeur — la transpiration et les sels qu'elle contient restent dans la maille, et une maille chargée s'use plus vite. Le lavage remet d'ailleurs la fibre en forme : un collant qui a poussé aux genoux retrouve souvent sa tenue après un passage à l'eau.

On ne tord jamais pour essorer. On presse la pièce entre les paumes, ou mieux : on l'étale sur une serviette éponge, on roule la serviette avec le collant dedans, on presse le rouleau. L'eau part dans l'éponge sans qu'aucune torsion ne s'exerce sur la maille.

Jamais de sèche-linge. La chaleur détruit l'élasthanne, et un seul passage peut suffire à transformer un collant tenant parfaitement en collant qui ne remonte plus. Séchage à l'air, à plat sur une serviette, ou suspendu par la ceinture sur un étendoir, sans pince à linge qui marquerait la maille. Loin d'un radiateur, loin du soleil direct : l'ultraviolet dégrade le polyamide et ternit les couleurs.

Rangé roulé, pas plié, dans un tiroir ou une boîte, et séparé de tout ce qui accroche. Les crochets de soutien-gorge, les épingles, les fermoirs de bijoux sont les ennemis naturels d'une maille fine. Si votre tiroir mélange tout, une boîte dédiée ou de simples pochettes règlent le problème définitivement — c'est l'une des idées de notre article sur le tiroir de lingerie bien composé. Rangez par couleur et par denier : ça paraît maniaque, et c'est ce qui vous évite de sortir le 15D chair un matin de janvier et de l'user pour rien.

La congélation ne sert à rien

On me répète cette astuce depuis que je fais ce métier, et elle se retrouve sur à peu près tous les forums : mouiller un collant neuf, le mettre dans un sac au congélateur une nuit, le laisser dégeler, et il résisterait mieux.

Rien ne vient étayer cette idée. Le polyamide et l'élasthanne sont des polymères synthétiques dont les propriétés mécaniques ne sont pas modifiées par un passage à moins dix-huit degrés : pas de recuit, pas de réarrangement des chaînes, pas de renforcement. La résistance d'un collant tient à la finesse du fil, à la nature du polymère, au tricotage et à la finition, c'est-à-dire à des choses décidées en usine plusieurs mois avant que vous n'ouvriez le paquet.

Je crois qu'elle nous vient de la soie, et qu'elle avait là une origine réelle : un bas de soie légèrement humidifié se manipule mieux et s'accroche moins qu'un bas sec, parce que la fibre devient momentanément plus souple. C'est l'humidification qui agissait, pas le froid, et cela concernait une fibre naturelle, pas du polyamide.

Votre collant n'en souffrira pas, si vous tenez à essayer. Il n'en tirera rien non plus, et la nuit au congélateur se remplace avantageusement par trente secondes de rouleau à l'enfilage.

Le vernis sur une maille filée

Cette astuce-là, en revanche, fonctionne. Encore faut-il savoir pourquoi, et jusqu'où.

Quand une maille lâche, elle ne se contente pas de faire un trou : elle se défait en chaîne, le long d'une colonne de mailles, parce que la maille suivante n'a plus de point d'appui. C'est ce qu'on appelle une échelle. Le but n'est donc pas de réparer le trou — c'est impossible — mais d'arrêter la propagation en bloquant la maille au-dessus et en dessous du point de rupture.

Une goutte de vernis à ongles transparent appliquée juste aux deux extrémités de l'accroc colle les fibres entre elles et stoppe l'échelle. Appliquez-la collant retiré, à plat, en touche minime, du bout du pinceau essuyé, et laissez sécher complètement avant de remettre la pièce. Appliqué sur la jambe, le vernis colle le collant à la peau et le point devient inconfortable, voire décolle en emportant la maille.

Les limites, et je ne les minimise pas : le point verni devient rigide et légèrement brillant, et il le reste. Il résiste mal aux lavages répétés. Il ne sauve que les accrocs discrets, situés hors de vue — une échelle au milieu du tibia reste une échelle au milieu du tibia. Je ne le fais que sur un accroc que la chaussure ou l'ourlet cache.

La laque pour cheveux vaporisée sur la zone agit à peu près de la même façon, plus légèrement et plus provisoirement : c'est la solution de dépannage quand on n'a pas de vernis sous la main. Un savon sec frotté sur l'amorce d'un accroc fonctionne aussi comme arrêt de maille temporaire, avec l'avantage de partir au lavage.

Pour les paires auxquelles on tient — un bas couture, une pièce de mariage — il existe une vraie solution : le remaillage, pratiqué à la main ou à la machine à remailler, qui reconstruit les mailles perdues. C'est un métier devenu rare. Il existe encore, et sur une pièce d'exception cela vaut souvent mieux que le vernis.

La durée de vie : ce qui use, et ce qui prolonge

Il n'y a pas de réponse universelle, et toute réponse chiffrée serait une invention. Ce qu'on peut dire honnêtement, c'est où se situent les écarts.

Un collant de 15D porté tous les jours dans un pantalon serré, lavé en machine sans filet avec le reste du linge, séché sur un radiateur : quelques porters. Le même denier, dans une gamme bien finie, enfilé en rouleau, lavé à la main, séché à plat, alterné avec trois autres paires : une saison entière, souvent plusieurs.

Entre les deux, le facteur dominant n'est pas la gamme du produit, c'est l'usage et l'entretien. Le facteur suivant, c'est la rotation, et c'est le levier le plus puissant comme le moins coûteux. Quatre paires portées en alternance ne durent pas quatre fois une paire : elles durent nettement plus, parce que la fibre élastique a le temps de se reposer entre deux porters et qu'aucune paire n'accumule les contraintes. Trois paires au minimum, dans un usage quotidien.

Six zones s'usent, et chacune se protège.

ZoneCe qui l'useCe qui la protège
Pointe et orteilsFrottement dans la chaussure, ongles, cornePointe renforcée, ongles coupés courts, pieds entretenus
TalonFrottement dans la chaussure, surtout à l'arrière d'un escarpinTalon renforcé, chaussure à la bonne taille
EntrejambeFrottement cuisse contre cuisse, chaleur, transpirationGousset coton, taille juste, lavage après chaque porter
Intérieur des cuissesMême frottement, sur toute la hauteurTaille juste, denier adapté, rotation des paires
GenouxFlexion répétée, station assise prolongéeÉlasthanne suffisante, lavage qui remet la maille en forme
CeintureTension permanente, plis, pinces à lingeCeinture large, taille juste, séchage sans pince

Trois gestes s'ajoutent à la rotation. Vérifiez l'intérieur de vos chaussures : une doublure décollée, une agrafe de semelle intérieure, un bord de cuir fendu — quand on file chaque semaine au même endroit, la cause est souvent là. Laissez vos paires reposer à plat entre deux porters, plutôt que roulées serrées dans une poche de sac. Et retirez-les comme vous les avez enfilées, en roulant de haut en bas, plutôt qu'en tirant par les chevilles.

Choisir selon la saison

Du printemps à l'été

Le printemps est la saison du 15D et du 20D. Les jambes ne sont pas encore prêtes à être nues, le temps ne justifie plus l'opaque, et un voile léger en teinte chair ou en noir transparent fait exactement ce qu'on lui demande : unifier sans couvrir. C'est aussi le moment où les tenues claires reviennent, et où un collant trop foncé jure immédiatement avec une robe pastel. Si vous hésitez entre un 10D et un 20D en avril, prenez le 20D : les matinées sont fraîches, et un 20D se porte jusqu'à des températures assez douces sans gêne.

L'été pose une question plus franche : faut-il porter quelque chose. Par trente degrés, un collant même très fin se sent. Trois réponses praticables, et elles valent toutes les trois — le 5D à 8D pour une cérémonie où la jambe nue n'est pas une option, le bas ou l'auto-fixant qui libère tout le haut des cuisses et du bassin, le mi-bas invisible sous un pantalon léger.

C'est la saison où les bas prennent tout leur sens. Rien sur le bassin, rien à l'entrejambe, le contact de l'air là où il compte. Pour une tenue de cérémonie estivale, c'est souvent la solution la plus confortable de toutes — et nos pièces de la collection mariage sont pensées pour fonctionner avec elles.

De l'automne à l'hiver

L'automne est la saison du 30D et du 40D, et la plus facile à habiller. Le semi-opaque va avec presque tout : jupe midi, robe en maille, short habillé, bottines. Le noir 40D mat est le collant le plus utile du tiroir — c'est mon avis, et je le tiens. C'est aussi la saison où le mi-bas en laine ou en mélange reprend du service sous les pantalons, avec un confort qu'un collant ne donne pas.

L'hiver, c'est 50D, 60D, 70D en collant, laine ou mélange laine en mi-bas. L'opaque est autant une question d'allure que de chaleur : une robe d'hiver tombe mieux sur un collant opaque mat que sur un semi-transparent qui laisse voir la peau par plaques.

En opaque, la taille compte plus qu'ailleurs : un 70D trop petit tire aux genoux et le montre, un 70D trop grand plisse aux chevilles et le montre aussi. Et la superposition fonctionne : un collant fin sous un collant opaque, ou un mi-bas en laine par-dessus un collant fin, résout beaucoup de journées très froides sans avoir à investir dans de l'ultra-épais.

Choisir selon la tenue

Une robe ou une jupe courte. Toute la jambe est visible, donc le choix est esthétique autant que pratique. En journée, le semi-opaque ou l'opaque mat habillent sans attirer l'œil. Le soir, le voile fin ou le satiné allongent la ligne. La couture arrière, elle, se réserve aux tenues dont elle est le sujet.

Une jupe midi ou longue. La jambe n'apparaît que par fragments : toute liberté sur le denier, et l'occasion de porter de l'opaque confortable sans que cela pèse sur la tenue. C'est aussi la configuration dans laquelle un mi-bas passe parfaitement inaperçu.

Un pantalon. Un 15D sous un jean, c'est un 15D sacrifié. Un mi-bas fait le même travail — contact doux, pas de frottement du tissu sur la peau, pied habillé dans la chaussure — et dure dix fois plus longtemps. Si vous préférez un collant, prenez un denier moyen ou élevé, et pas votre plus beau voile.

Des bottes. La tige frotte le mollet toute la journée : choisissez un denier qui supporte l'abrasion, à partir de 40D. Et vérifiez la couture intérieure de la botte, souvent coupable des mailles filées répétées au même endroit.

Des sandales ou des escarpins très ouverts. Il faut une pointe invisible, sinon le renfort se voit sur les orteils ; les maisons l'indiquent sous les mentions « pointe invisible », « sans démarcation » ou « sandal toe ». Et dans une chaussure très ouverte, un collant d'un denier très bas sera moins visible qu'un 20D.

Une tenue de cérémonie. C'est le cas où l'on accepte la fragilité pour l'allure : 5D à 10D en teinte chair ou ivoire, ou un bas fin avec un porte-jarretelles. Emportez une paire de rechange — la journée est longue, et une maille filée à onze heures du matin gâche une photo de trois heures de l'après-midi.

Un short ou une tenue plus construite. Le collant opaque, uni et mat, est la seule option qui tienne : l'opaque assume le short en hiver, le semi-transparent le rend hésitant. Si vous composez autour d'un bustier, d'un corset ou d'une guêpière, l'opaque donne la base neutre qui laisse la pièce parler.

Choisir selon la carnation

C'est le point sur lequel le rayon est le plus en retard, et où le progrès des dernières années est le plus net.

Le sous-ton, pas la clarté

Un collant chair fonctionne quand il s'efface. Dès qu'on voit une différence de ton entre le pied dans la chaussure et la jambe nue au-dessus du genou, l'effet est raté, et le collant devient un vêtement visible alors qu'il essayait d'être invisible.

Le réflexe le plus utile est donc de ne pas chercher sa couleur de peau mais son sous-ton. Les peaux ont des sous-tons plutôt roses, plutôt dorés ou plutôt olive, indépendamment de leur clarté. Une teinte « chair » rosée sur une peau à sous-ton doré donne un gris sale ; une teinte dorée sur une peau rosée donne un effet orangé.

Les noms de teintes ne sont pas normalisés, mais quelques familles reviennent.

Famille de teinteNoms courants sur les paquetsPour quelles carnations
Très clair, roséIvoire, poudre, rosé, peau clairePeaux très claires à sous-ton rose
Clair, neutreChair, naturel, nude, gazellePeaux claires, sous-ton neutre
Clair, doréDaim, doré, beige doré, sablePeaux claires à moyennes, sous-ton doré
MoyenBronze, noisette, visone, teint hâléPeaux moyennes à mates
Moyen à foncéCaramel, cannelle, cognac, bronzéPeaux mates et foncées
FoncéChocolat, ébène, café, mokaPeaux foncées et très foncées

Deux remarques franches sur ce tableau. Les gammes généralistes s'arrêtent souvent au milieu, avec trois ou quatre nuances qui couvrent les carnations claires et guère plus. Et des maisons spécialisées ont étendu leurs nuanciers vers les carnations foncées : c'est chez elles qu'il faut chercher si les teintes du linéaire ne vous correspondent pas. L'offre bouge sur ce sujet, et nous préférons vous donner la grille de lecture plutôt qu'une liste de références qui serait périmée l'an prochain.

Le test en magasin, et ce qu'on fait quand rien ne va

L'usage est de passer la main dans le collant pour juger de la teinte. Le geste est utile et trompeur : la main est souvent plus foncée et plus marquée que la jambe, et le collant est tendu différemment sur quatre doigts que sur un mollet. Étirez-le plutôt sur l'avant-bras intérieur, dont le ton est plus proche de celui de la jambe, et regardez-le à la lumière du jour plutôt que sous les néons.

Si aucune teinte ne convient, deux sorties. Le noir ou le gris foncé, qui ne cherchent pas à imiter la peau et sortent donc du problème. Ou le très transparent : en dessous de 10D, la teinte compte beaucoup moins, parce qu'il y a trop peu de matière pour imposer une couleur. Un 7D « chair » sur une peau mate rend bien mieux qu'un 20D de la même teinte.

Un mot sur les collants de contention

Ils existent, ils sont visuellement proches d'un collant ordinaire, et ils n'ont rien à voir.

Les bas et collants de contention — ou de compression — sont des dispositifs médicaux. Ils sont classés par niveaux de pression, se prescrivent, se dimensionnent sur des mesures précises prises par un professionnel, et se renouvellent selon un rythme déterminé par celui qui les a prescrits.

Ce n'est pas un sujet de magazine de lingerie, et nous n'écrirons donc rien ici sur ce qu'ils font ou ne font pas. Si la question vous concerne, elle se traite avec un médecin ou un pharmacien, qui déterminera ce qui est indiqué dans votre cas et prendra les mesures nécessaires. Un collant acheté en rayon, quel que soit son denier et quelle que soit la mention portée sur son emballage, ne remplace pas cette démarche.

Pour être tout à fait clair sur la frontière : certains collants du commerce sont présentés comme « gainants », « galbants » ou « sculptants ». Ces mentions décrivent une sensation de maintien et un effet sur le tombé du vêtement, obtenus par un tricotage plus dense et une proportion d'élasthanne plus élevée. Elles ne relèvent pas du médical, et elles ne doivent pas être lues comme telles.

Composer son tiroir

Ce qui suit couvre, à l'usage, à peu près toutes les situations d'une année. À lire pour repérer les manques, plutôt que pour faire les courses.

Le socle, porté le plus souvent.

  • Trois paires de noir 40D mat, dans la même référence. C'est la paire la plus utilisée de tout le tiroir, et avoir trois exemplaires identiques permet la rotation sans réfléchir.
  • Deux paires de noir 60D ou 70D opaque pour l'hiver.
  • Deux paires de 20D dans votre teinte chair, pour le printemps et le bureau.

Les saisonnières.

  • Deux paires de mi-bas en mélange laine ou coton, pour les pantalons d'hiver.
  • Une paire de bas ou d'auto-fixants fins pour l'été et les tenues de cérémonie.

Les occasionnelles.

  • Une paire de voile très fin, 8D ou 10D, dans votre teinte, réservée aux occasions — et son double, si l'occasion compte.
  • Une paire de fantaisie si c'est votre goût : micro-résille, pois discrets ou fausse couture. Une seule suffit : c'est une pièce qu'on porte peu et qui dure donc longtemps.

Le reste est affaire de garde-robe. Si vous portez surtout des pantalons, reportez les collants fins vers les mi-bas ; si vous portez surtout des robes, inversez. Et si une référence vous convient vraiment — bonne taille, bon denier, bonne teinte, ceinture confortable — notez-la et rachetez la même. C'est le conseil le plus terre à terre de cet article, et probablement le plus rentable.

Les erreurs les plus fréquentes

Choisir le denier sur la photo du paquet. La photo est éclairée en studio sur une jambe qui n'est pas la vôtre. Le denier, la couleur et la mention d'aspect en disent plus.

Prendre la taille en dessous « parce que ça gaine ». Un collant trop petit ne gaine pas : il tire, descend, marque et file.

Porter un collant fin sous un pantalon. Sacrifice pur. Le mi-bas existe pour cela.

Laver sans filet. La moitié des accidents, et ils sont tous évitables.

Hydrater ses jambes juste avant un auto-fixant. L'adhérence du silicone a besoin d'une peau propre et sèche.

Garder une seule paire de sa référence préférée. Sans rotation, elle meurt beaucoup plus vite que si elle avait deux sœurs.

Enfiler debout, en tirant. La cause la plus commune des mailles filées le matin.

Sécher sur un radiateur. Le dégât est irréversible.

Mélanger les collants et les soutiens-gorge dans le même tiroir. Un crochet, et c'est fini.

Questions fréquentes

Un collant à 40D est-il deux fois plus opaque qu'un 20D ?

Non. Un 40D est sensiblement plus couvrant qu'un 20D, mais la relation n'est pas linéaire, et le tricotage comme la couleur pèsent autant que le chiffre.

Peut-on porter du noir transparent en journée ?

Oui, et c'est même l'un des usages les plus élégants du voile. Un noir 15D ou 20D sous une jupe de jour donne une jambe nette sans l'effet « collant d'hiver ». La règle est la même qu'ailleurs : la maille doit être uniforme et sans reflet marqué.

Les auto-fixants tiennent-ils vraiment ?

Oui. Un auto-fixant qui glisse est presque toujours un auto-fixant trop grand, ou une bande encrassée.

Un collant sans élasthanne, cela existe-t-il ?

Oui — c'est le cas des bas couture de type ancien, tricotés à plat, qui n'ont presque pas d'élasticité. Ils se portent avec un porte-jarretelles qui assure le maintien, et leur rendu est précisément ce qu'on vient chercher. Pour un collant moderne de tous les jours, en revanche, l'absence d'élasthanne est un défaut.

Faut-il assortir le collant à la chaussure ou à la jupe ?

À la chaussure plutôt qu'à la jupe, dans la plupart des cas : la continuité jambe-chaussure allonge la ligne, la rupture la coupe. Un collant foncé avec une chaussure foncée fonctionne presque toujours. Un collant chair avec une chaussure foncée fonctionne aussi, mais crée une coupure à la cheville qu'il faut assumer.

Comment éviter que la ceinture roule ?

Trois causes, trois réponses. Une taille trop petite : montez. Une ceinture étroite : changez de référence, les ceintures larges et plates ne roulent pas. Un collant mal remonté à l'enfilage : reprenez-le en saisissant la ceinture à pleines mains et en vérifiant que l'entrejambe est bien en place.

Peut-on repasser un collant ?

Non. Jamais. Le polyamide fond à une température plus basse qu'on ne l'imagine. Un collant sorti plissé du séchage se remet en forme en le portant ou, au pire, vaporisé légèrement d'eau et laissé sécher à plat.

Les collants fantaisie se portent-ils encore ?

Oui, et ils sont revenus par la micro-résille et les motifs discrets plutôt que par les grands graphismes. La règle de port n'a pas changé : une seule pièce parle à la fois. Collant fantaisie et tenue sobre, ou tenue forte et collant uni.

Ce qu'il faut retenir

Trois choses à emporter au rayon, et elles suffisent. Le denier est un repère de départ que la couleur et le tricotage corrigent largement. La grille taille-poids ignore votre longueur de jambe : entre deux tailles, prenez la plus grande, et si vous êtes grande, montez d'une taille. Et la durée de vie d'une paire se décide dans trois gestes qui ne coûtent rien — enfiler en rouleau en étant assise, laver à la main ou en filet sans assouplissant et sécher à plat, faire tourner plusieurs paires au lieu d'épuiser la même.

Le congélateur n'y changera rien. Ces trois gestes, eux, changent tout.

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